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01Comprendre la différence entre migraine et céphalée de tension#
Les maux de tête sont parmi les plaintes les plus fréquentes en consultation médicale, et ils recouvrent en réalité plusieurs entités cliniques distinctes qu'il est essentiel de différencier car leur prise en charge n'est pas la même. La migraine et la céphalée de tension sont les deux principales formes de céphalées primaires (c'est-à-dire non liées à une autre pathologie), avec des mécanismes physiopathologiques, des symptômes et des traitements différents.
L'Organisation Mondiale de la Santé classe la migraine parmi les 20 pathologies les plus invalidantes au monde, ce qui peut surprendre tant cette maladie est souvent banalisée par l'entourage et même par certains professionnels. Elle représente une cause majeure d'absentéisme professionnel et scolaire, et son retentissement sur la qualité de vie peut être considérable. Selon l'OMS, environ 15 % des adultes souffrent de migraine dans le monde, avec une prédominance féminine très marquée : trois femmes pour un homme, en raison du rôle des fluctuations hormonales. Au Maroc, la Société Marocaine de Neurologie estime que près de 4 millions de personnes souffrent de migraine, soit environ 12 % de la population adulte. La pathologie débute généralement entre 10 et 40 ans, avec un pic d'intensité entre 25 et 50 ans, puis une atténuation progressive après la ménopause chez la femme.
Les distinctions cliniques principales entre les deux entités sont synthétisées dans le tableau suivant.
| Caractéristique | Céphalée de tension | Migraine |
|---|---|---|
| Localisation | Bilatérale, en casque ou bandeau | Unilatérale, hémicrânie (souvent autour de l'œil ou de la tempe) |
| Type de douleur | Serrement, étau, pression | Pulsatile, battante (rythmée par le pouls) |
| Intensité | Faible à modérée | Modérée à sévère, souvent invalidante |
| Durée | 30 minutes à 7 jours | 4 à 72 heures |
| Aggravation par l'effort | Non, parfois améliorée | Oui, contrainte au repos |
| Nausées et vomissements | Rares | Fréquents |
| Photophobie / phonophobie | Absentes | Présentes |
| Sensibilité aux odeurs | Rare | Fréquente |
| Troubles visuels (aura) | Absents | Présents dans 20-30 % des cas |
Cette distinction n'est pas qu'académique : la céphalée de tension répond bien aux antalgiques simples et aux mesures de relaxation, alors que la migraine nécessite des traitements spécifiques (triptans en crise, traitements de fond pour les formes fréquentes) qui sont inutiles voire contre-productifs dans la céphalée de tension.
02Les symptômes typiques de la migraine#
Le diagnostic de migraine repose sur des critères cliniques précis établis par l'International Headache Society (IHS) dans la Classification Internationale des Céphalées (ICHD-3, version actuelle). Ces critères, utilisés au Maroc comme dans le reste du monde, permettent un diagnostic fiable sans recourir à des examens complémentaires dans la grande majorité des cas.
Pour porter le diagnostic de migraine sans aura (forme la plus fréquente), il faut au moins 5 crises répondant aux critères suivants : durée de 4 à 72 heures sans traitement (ou avec traitement inefficace) ; au moins deux des quatre caractéristiques douloureuses suivantes — localisation unilatérale, caractère pulsatile, intensité modérée à sévère, aggravation par l'activité physique habituelle (la marche, monter les escaliers) ; au moins un des deux symptômes associés suivants — nausées et/ou vomissements, photophobie associée à phonophobie. Ces critères rigoureux permettent de distinguer la vraie migraine d'autres céphalées qui peuvent partager certaines caractéristiques sans en avoir l'ensemble du tableau.
La crise migraineuse typique se déroule en plusieurs phases dont la connaissance aide à mieux la reconnaître et la gérer. La phase prodromique (heures à 1-2 jours avant la crise, présente chez 60 % des patients) se manifeste par des modifications subtiles : changements d'humeur, irritabilité, fatigue inhabituelle, fringales (souvent pour des sucreries), envies de bâillements répétés, raideur cervicale, parfois polyurie. Reconnaître ces prodromes permet parfois d'anticiper la crise et d'initier précocement un traitement.
L'aura migraineuse, présente dans 20 à 30 % des cas, précède immédiatement la céphalée et dure typiquement 5 à 60 minutes. Elle prend le plus souvent la forme de troubles visuels : scotome scintillant (point lumineux qui s'agrandit progressivement), zigzags lumineux en bordure du champ visuel (fortifications de Vauban), points noirs, vision floue. Plus rarement, elle se manifeste par des paresthésies (fourmillements remontant progressivement de la main vers le bras, le visage, parfois la langue), des troubles du langage transitoires (manque du mot, difficulté à articuler), ou des troubles moteurs dans les rares formes de migraine hémiplégique. L'aura régresse complètement avant ou pendant la phase douloureuse.
La phase douloureuse proprement dite dure de 4 à 72 heures sans traitement. La douleur, classiquement unilatérale et pulsatile, peut être bilatérale dans 30 à 40 % des cas. Elle s'accompagne souvent d'une grande sensibilité à l'environnement, le patient cherchant l'obscurité, le silence et le repos. Les nausées et vomissements peuvent être intenses au point d'empêcher la prise orale du traitement. La crise se résout généralement avec le sommeil, après lequel le patient peut ressentir une phase post-dromique d'épuisement, de difficultés cognitives ("brain fog"), parfois d'humeur dépressive ou euphorique paradoxale, qui peut durer 24 heures.
03La migraine avec aura : un tableau plus complexe#
L'aura migraineuse mérite une attention particulière car elle peut prêter à confusion avec d'autres pathologies neurologiques sérieuses, notamment l'accident vasculaire cérébral (AVC) ou l'accident ischémique transitoire (AIT). La différenciation est cruciale et impose parfois des examens en urgence.
Les caractéristiques typiques d'une aura migraineuse sont les suivantes : installation progressive sur 5 à 30 minutes (et non brutale comme dans un AVC), durée de 5 à 60 minutes (non prolongée plusieurs heures), récupération complète sans déficit séquellaire, suivi typiquement d'une céphalée caractéristique, antécédents migraineux personnels ou familiaux. Les troubles visuels migraineux affectent typiquement les deux yeux simultanément (scotome bilatéral), même si le patient les ressent souvent comme unilatéraux.
À l'inverse, plusieurs signaux d'alerte doivent faire évoquer un AVC ou une autre cause neurologique grave et justifient une IRM cérébrale en urgence : aura durant plus de 60 minutes, déficit moteur (faiblesse persistante d'un membre), aura monoculaire (atteinte d'un seul œil suggérant une amaurose fugace ou une occlusion artérielle rétinienne), aura accompagnée de troubles de la conscience, première aura après 50 ans, aura sans céphalée typique chez un patient n'ayant jamais migrainé. Ces situations, particulièrement chez les sujets à risque vasculaire (tabagisme, hypertension, diabète, antécédents cardio-vasculaires), peuvent traduire un infarctus cérébral plutôt qu'une migraine et nécessitent une prise en charge spécialisée immédiate.
Les patients ayant des migraines avec aura présentent par ailleurs un risque vasculaire légèrement augmenté : risque d'AVC ischémique multiplié par 2 environ, particulièrement chez les femmes jeunes fumeuses sous contraception œstroprogestative. Cette association justifie une vigilance sur les facteurs de risque cardiovasculaires et l'éviction de la contraception œstroprogestative chez ces patientes au profit d'alternatives sans œstrogène.
04Les facteurs déclenchants à identifier#
Les crises migraineuses ne surviennent pas au hasard : elles sont déclenchées dans la plupart des cas par des facteurs précipitants identifiables, dont la connaissance permet une prévention non médicamenteuse souvent efficace. Tous les patients n'ont pas les mêmes déclencheurs, et tenir un agenda des crises pendant 2 à 3 mois est la meilleure méthode pour identifier ses propres facteurs.
Les facteurs alimentaires classiquement incriminés incluent le chocolat (riche en tyramine), le vin rouge (alcool et tyramine), les fromages fermentés et vieillis (parmesan, roquefort, camembert affiné), le glutamate monosodique présent dans certaines cuisines asiatiques et plats préparés, les agrumes en excès, les nitrites présents dans les charcuteries industrielles, l'aspartame chez certains. À noter cependant que ces déclencheurs alimentaires sont parfois surestimés et que l'éviction systématique sans test individuel peut entraîner des restrictions alimentaires inutiles.
Les fluctuations hormonales sont un déclencheur majeur chez la femme : la migraine cataméniale, survenant dans les 2 jours précédant ou les 3 premiers jours des règles, touche environ 60 % des migraineuses. La contraception œstroprogestative peut aggraver les migraines (et est même contre-indiquée chez les femmes ayant des migraines avec aura). Les variations hormonales de la grossesse améliorent généralement les migraines (notamment au 2e et 3e trimestre) mais peuvent les déclencher en début de grossesse. La ménopause est souvent une période d'aggravation transitoire avant amélioration durable.
Le sommeil est paradoxalement un déclencheur dans deux directions opposées : la privation de sommeil mais aussi le sommeil excessif (grasse matinée du week-end, sieste prolongée) peuvent provoquer des crises. La régularité des horaires de sommeil est donc essentielle. Le stress est un déclencheur reconnu, mais souvent sous une forme inattendue : c'est davantage le relâchement post-stress (la "migraine du week-end" ou la "migraine des vacances") qui déclenche les crises, plutôt que le pic de stress lui-même.
Plusieurs facteurs environnementaux sont également impliqués : changements météorologiques brutaux (chute de pression atmosphérique avant orage), forte chaleur, luminosité intense (soleil, écrans, lampes fluorescentes), odeurs fortes (parfums, tabac, produits chimiques), bruits soutenus, décalage horaire. Les facteurs diététiques comme le jeûne ou le fait de sauter un repas sont des déclencheurs très puissants, particulièrement pertinents au Maroc pendant le Ramadan où les migraines peuvent s'aggraver significativement chez les patients prédisposés. La déshydratation, parfois associée au jeûne ou simplement à un apport hydrique insuffisant, est un autre déclencheur fréquent et facilement corrigeable.
05Les signaux d'alerte : quand consulter en urgence#
La grande majorité des céphalées sont bénignes, mais certains tableaux doivent faire évoquer une cause grave et justifient une consultation en urgence ou un appel au 141. Connaître ces signaux d'alerte est essentiel pour ne pas passer à côté d'une urgence neurologique.
La céphalée "en coup de tonnerre" est probablement le signal le plus important. Elle se caractérise par un mode d'installation brutal, atteignant son intensité maximale en moins d'une minute, parfois décrite comme "le pire mal de tête de ma vie". Cette présentation peut traduire une hémorragie sous-arachnoïdienne par rupture d'anévrisme cérébral, urgence neurochirurgicale absolue. L'imagerie cérébrale (scanner sans injection idéalement, suivi d'une ponction lombaire si négatif) doit être réalisée en urgence.
Une céphalée associée à une fièvre élevée et à une raideur de la nuque (impossibilité de fléchir le cou en avant) évoque une méningite infectieuse (bactérienne, virale, ou parfois tuberculeuse). Le tableau peut se compléter de troubles de la conscience, photophobie intense, nausées, et chez le nourrisson de bombement de la fontanelle, gémissements, hypotonie. La méningite bactérienne est une urgence vitale nécessitant des antibiotiques intraveineux dans l'heure.
L'apparition d'un déficit neurologique focal (paralysie d'un membre ou d'une moitié du corps, perte de la parole avec impossibilité de produire ou de comprendre les mots, troubles de la vision majeurs) au moment ou au décours d'une céphalée doit faire évoquer un AVC ischémique ou hémorragique. La fenêtre thérapeutique pour la thrombolyse étant de 4 heures 30 maximum, chaque minute compte — appelez le 141 sans attendre.
Une céphalée après un traumatisme crânien, particulièrement si elle apparaît dans les heures suivant le choc et s'aggrave, peut traduire un hématome sous-dural ou extradural, parfois plusieurs jours après le traumatisme initial chez les sujets âgés ou sous anticoagulants. Une première céphalée importante après 50 ans, sans antécédent migraineux personnel, doit toujours faire rechercher une cause organique : tumeur cérébrale, hématome sous-dural, artérite temporale (maladie de Horton), troubles vasculaires.
Une aggravation inhabituelle d'une migraine connue (céphalée plus intense que d'habitude, ne répondant plus aux traitements habituels, associée à des symptômes nouveaux) justifie également une réévaluation médicale, idéalement neurologique. Enfin, une céphalée chronique progressive s'aggravant sur plusieurs semaines, surtout matinale, parfois associée à des nausées matinales et à des troubles visuels, doit faire évoquer une hypertension intracrânienne et imposer une IRM cérébrale.
06Le diagnostic et le bilan#
Le diagnostic de migraine est avant tout clinique, basé sur un interrogatoire rigoureux portant sur les caractéristiques des céphalées, leur évolution, les antécédents familiaux, les facteurs déclenchants, l'efficacité des traitements antérieurs. Un examen neurologique complet doit être normal en dehors des crises pour conforter le diagnostic. Les critères ICHD-3 de l'IHS guident le diagnostic positif et différentiel.
L'imagerie cérébrale (scanner ou IRM) n'est pas indiquée dans la migraine typique non compliquée, où elle est inutilement coûteuse et anxiogène. Elle devient nécessaire dans plusieurs situations particulières : présence d'un signal d'alerte parmi ceux mentionnés plus haut, examen neurologique anormal entre les crises, modification récente du caractère des céphalées, première crise tardive (après 50 ans), aura atypique ou prolongée, céphalée chronique quotidienne, suspicion d'hypertension intracrânienne. L'IRM cérébrale est préférable au scanner pour le bilan d'une céphalée chronique car elle est plus performante pour visualiser les anomalies non hémorragiques (tumeurs, malformations vasculaires, sclérose en plaques).
L'électroencéphalogramme (EEG) n'a pas d'indication dans le bilan d'une migraine simple. Il est réservé aux cas où l'on suspecte une épilepsie associée ou une migraine basilaire complexe.
Au Maroc, plusieurs centres neurologiques de référence prennent en charge les migraines complexes : les CHU Ibn Rochd à Casablanca, Ibn Sina à Rabat, Hassan II à Fès, Mohammed VI à Marrakech, ainsi que de nombreux neurologues exerçant en libéral dans les grandes villes. La consultation neurologique coûte 400 à 700 MAD dans le secteur privé, partiellement remboursée. L'IRM cérébrale, lorsqu'elle est nécessaire, coûte 1 800 à 3 000 MAD selon les structures, remboursée à 70-80 % par l'AMO sur prescription justifiée.
07Les traitements de crise et de fond#
La prise en charge thérapeutique de la migraine s'articule en deux volets complémentaires : le traitement de crise pour soulager l'épisode aigu, et le traitement de fond pour les formes fréquentes ou invalidantes.
Le traitement de crise
L'objectif est de stopper la crise rapidement (idéalement en moins de 2 heures) avec retour à un fonctionnement normal et sans rechute dans les 24 heures. Le traitement doit être pris dès le début de la crise, plus il est précoce plus il est efficace. Les antalgiques simples suffisent dans les formes légères à modérées : paracétamol 1 gramme (jusqu'à 3 grammes par 24 heures), ou anti-inflammatoires non stéroïdiens comme l'ibuprofène (400 à 600 mg), le kétoprofène (50 à 100 mg) ou le diclofénac (50 à 100 mg). L'association paracétamol + AINS est souvent plus efficace que chaque molécule seule.
Pour les crises modérées à sévères ou ne répondant pas aux antalgiques simples, les triptans sont les molécules spécifiques de la migraine. Ils agissent en bloquant les récepteurs sérotoninergiques 5-HT1B/1D au niveau des vaisseaux cérébraux et des terminaisons trigéminales. Plusieurs molécules sont disponibles au Maroc sur ordonnance : sumatriptan (50 ou 100 mg, comprimés ou injectable), rizatriptan (10 mg, comprimé orodispersible), almotriptan, zolmitriptan. Le choix dépend de la rapidité d'action souhaitée, de la durée d'action, des effets indésirables tolérés. Le coût d'une boîte de 2 comprimés se situe entre 80 et 150 MAD selon les molécules, avec un remboursement à 50 % par la CNSS et 80 % par la CNOPS. Les triptans sont contre-indiqués en cas d'antécédents vasculaires (infarctus, AVC, artériopathie), d'hypertension non contrôlée, de migraine hémiplégique ou basilaire.
Les antiémétiques (métoclopramide/Primpéran, dompéridone) peuvent être associés en cas de nausées importantes — ils ont l'avantage d'améliorer en plus l'absorption gastrique des autres antalgiques. La dérivation pour soins aux urgences est nécessaire en cas de crise rebelle, vomissements empêchant la prise orale, ou tableau atypique.
Un point capital : l'abus médicamenteux (prise d'antalgiques plus de 10-15 jours par mois pendant plusieurs mois consécutifs) est l'une des principales causes de transformation d'une migraine épisodique en migraine chronique avec céphalées quotidiennes. Cette céphalée par abus médicamenteux est souvent sous-diagnostiquée et nécessite un sevrage médicamenteux structuré pour récupérer.
Le traitement de fond
Indiqué dès 4 crises par mois ou plus, ou en cas de crises moins fréquentes mais sévères et invalidantes, ou en cas d'abus médicamenteux. L'objectif est de réduire la fréquence et l'intensité des crises de 50 % au moins. Plusieurs classes thérapeutiques sont validées.
Les bêtabloquants (propranolol, métoprolol) sont le traitement de fond de première ligne, avec une efficacité démontrée par de nombreuses études. La dose est progressivement croissante sur quelques semaines pour tester la tolérance. Effets indésirables possibles : fatigue, hypotension, ralentissement cardiaque, parfois cauchemars. Contre-indications : asthme, insuffisance cardiaque sévère, troubles du rythme, dépression sévère.
Le topiramate, antiépileptique également efficace dans la migraine, est une alternative ou un second choix. Il est administré progressivement de 25 à 100 mg par jour. Effets indésirables : paresthésies des extrémités, troubles cognitifs, perte de poids (parfois bénéfique chez les patients en surpoids), risque de calculs urinaires. Contre-indications : antécédents de calculs rénaux, glaucome, grossesse (potentiellement tératogène).
L'amitriptyline à faible dose (10 à 50 mg le soir), antidépresseur tricyclique, est utile particulièrement quand des troubles du sommeil ou une anxiété sont associés. Effets indésirables : somnolence, sécheresse buccale, constipation, prise de poids.
Les anticorps monoclonaux anti-CGRP (érénumab/Aimovig, fremanezumab/Ajovy, galcanézumab/Emgality) représentent la révolution thérapeutique récente de la migraine, avec une efficacité majeure (réduction de 50-75 % des jours de migraine chez les bons répondeurs) et une excellente tolérance. Ils sont administrés en injection mensuelle (sous-cutanée). Leur coût élevé (8 000 à 12 000 MAD par mois) limite encore leur accès, et ils ne sont pas remboursés au Maroc dans la majorité des cas, ce qui restreint leur utilisation aux patients pouvant assumer le coût ou bénéficiant d'une mutuelle complémentaire avec accord. Ils sont indiqués dans les migraines réfractaires aux autres traitements de fond.
La toxine botulique (Botox) en injections péri-crâniennes (protocole PREEMPT) est efficace dans les migraines chroniques (15 jours de céphalées par mois ou plus). Coût d'environ 4 000 à 6 000 MAD par séance, à répéter tous les 3 mois.
08Les mesures préventives au quotidien#
Le traitement médicamenteux n'est qu'un volet de la prise en charge. Les mesures non médicamenteuses sont indispensables et doivent être systématiquement abordées.
Tenir un agenda des crises pendant 2 à 3 mois est probablement la mesure la plus utile, car elle permet d'identifier les déclencheurs personnels (souvent surprenants), d'évaluer l'efficacité réelle des traitements, et d'objectiver l'évolution. Plusieurs applications mobiles dédiées (Migraine Buddy, par exemple) facilitent cette démarche.
La régularité du rythme de vie est essentielle : horaires de sommeil stables (même le week-end, en évitant les grasses matinées prolongées), repas à heures régulières (sans sauter de repas), hydratation suffisante (1,5 à 2 litres d'eau par jour). Pendant le Ramadan, ces règles sont particulièrement importantes pour les migraineux : éviter de jeûner si la migraine est sévère et fréquente, ou organiser un suhour copieux et hydraté, et un f'tour adapté pour limiter les déclencheurs métaboliques.
L'activité physique aérobique régulière (au moins 30 minutes 3 fois par semaine de marche rapide, vélo, natation) a un effet préventif démontré sur la fréquence des migraines et améliore par ailleurs la qualité du sommeil et la gestion du stress. Les techniques de gestion du stress comme la méditation de pleine conscience, la cohérence cardiaque, la sophrologie, le yoga doux, ont également une efficacité validée. La physiothérapie cervicale peut être utile en cas de douleurs cervicales associées qui peuvent déclencher ou entretenir les céphalées.
Sur le plan alimentaire, identifier et éviter ses propres déclencheurs spécifiques est plus utile qu'une restriction systématique de tous les aliments classiquement incriminés. Chez certains patients, une caféine modérée et régulière (2 à 3 cafés par jour à heure fixe) peut être préventive — mais l'arrêt brutal après une consommation chronique provoque souvent des céphalées de sevrage. Enfin, pour les femmes ayant des migraines cataméniales fréquentes, plusieurs stratégies hormonales peuvent être discutées avec le gynécologue (pilule en continu, supplémentation magnésienne en péri-menstruel, AINS prophylactique pendant les jours à risque).
Foire aux questions
Questions fréquentes
1Comment distinguer concrètement une migraine d'une céphalée de tension ?+
2Quand faut-il vraiment consulter en urgence pour un mal de tête ?+
3Les triptans sont-ils disponibles et remboursés au Maroc ?+
4Le jeûne du Ramadan peut-il aggraver les migraines ?+
5À partir de quand faut-il envisager un traitement de fond pour la migraine ?+
6La migraine peut-elle disparaître avec le temps ou être guérie ?+
Vérifiable
Sources médicales
Révision médicale
Dr. Karim Idrissi
Neurologue, CHU Hassan II Fès, 20 ans d'expérience
Cet article a été vérifié médicalement le 24 avril 2026 selon les standards Sahha (E-E-A-T santé, sources OMS / HAS / Inserm / Ministère de la Santé du Maroc).