Sommaire (8)+
01Définitions des TCA#
Les troubles des conduites alimentaires (TCA) sont des maladies psychiatriques caractérisées par des perturbations persistantes des comportements alimentaires associées à un retentissement physique et psychologique majeur.
- 1Anorexie mentale (Anorexia Nervosa) : restriction alimentaire avec perte de poids, peur intense de grossir, perception déformée du corps
- 2Boulimie nerveuse (Bulimia Nervosa) : crises de boulimie + comportements compensatoires (vomissements, laxatifs, sport excessif)
- 3Hyperphagie boulimique (Binge Eating Disorder) : crises de boulimie sans comportement compensatoire, surpoids/obésité fréquent
TCA non spécifié (atypiques). ARFID (trouble de restriction/évitement alimentaire) : sélectivité extrême sans préoccupation pondérale et ingestion de substances non alimentaires, ainsi que régurgitations, souvent obsession de manger sain (non officiel DSM-5 mais reconnu).
Pensées obsessionnelles, anxiété, dépression ; valeur identitaire liée au poids, à l'apparence — dysrégulation émotionnelle, souvent dépression (50-80 %), anxiété, TOC, addictions, TPB, facteurs biopsychosociaux, taux de mortalité parmi les plus élevés des troubles psychiatriques.
0,5-1 % chez les femmes (plus rare chez l'homme : 1/10), souvent 1-2 %, parfois 2-4 % ; 5-10 %. 8-15 % des femmes.
TCA en augmentation chez les jeunes (urbanisation, réseaux sociaux, exposition aux modèles occidentaux) — tabou, méconnaissance ; adolescentes + population principale, secteurs à risque : sportives, danseuses, mannequins, mais aussi étudiantes, professionnelles, prévalence estimée : ~ 50 000-150 000 jeunes femmes concernées — sous-diagnostiqués, formes différentes (orthorexie, vigorexie).
Anorexie = 5-10 % à 10 ans (dénutrition, suicide) et 30-40 % évolution chronique sans traitement ; traitement efficace dans 50-70 % des cas avec prise en charge adaptée, parfois précocité du diagnostic = meilleur pronostic.
02Anorexie mentale#
A, restriction des apports énergétiques par rapport aux besoins → poids significativement bas pour l'âge, le sexe, la trajectoire de croissance, la santé physique
B, peur intense de prendre du poids ou de devenir gros, même en cas de poids significativement bas
C, altération de la perception du poids/forme corporelle, influence excessive du poids sur l'estime de soi, déni de la gravité du poids actuel
Pas de crises boulimiques, restriction stricte, crises boulimiques + vomissements ou laxatifs. Léger : IMC ≥ 17 et modéré : IMC 16-16,99 ; sévère : IMC 15-15,99, ainsi que extrême : IMC < 15.
Amaigrissement majeur (> 15 % du poids habituel ou IMC < 17,5) — fatigue intense, parfois extrémités froides, hypothermie ; bradycardie (< 60/min), hypotension, duvet sur le corps (compensation thermique), parfois peau sèche, cheveux fins/cassants, ongles cassants ; aménorrhée secondaire (arrêt règles) chez la femme — insomnie, troubles digestifs (constipation, ballonnements). œdèmes (carence protéique).
Bradycardie sévère, troubles rythme, mort subite ; ostéoporose précoce (en quelques mois) : fractures et infertilité — concentration, mémoire, atrophie cérébrale réversible, dénutrition sévère, kwashiorkor-like.
Érosions dentaires, caries — glandes salivaires hypertrophiées (boules au visage), parfois œsophagite, hématémèse et hypokaliémie (palpitations, troubles rythme). œdème post-arrêt laxatifs.
Obsession de la nourriture, du poids, de la silhouette et peur intense de grossir (phobie pondérale), parfois distorsion de l'image corporelle : se voit grosse alors que maigre, rituels alimentaires : couper en petits morceaux, manger très lentement, ordre des aliments, listes caloriques mémorisées, ainsi que comparaison constante avec les autres, parfois isolement social, perfectionnisme, souvent performance scolaire/professionnelle souvent élevée — déni de la maladie : la patiente ne se sent pas malade, parfois dépression, anxiété fréquentes, idées suicidaires dans formes sévères.
Éviter repas en société, ainsi que mensonges sur ce qu'on a mangé, parfois caches de nourriture, vêtements amples pour cacher et sport excessif (compensation calories), pesées plurifréquentes, vêtements amples ou très moulants pour mesurer.
Guérison complète : 50 % ; 30 % et passage à boulimie : 25-50 % des anorexies pures évoluent, souvent 5-10 % à 10 ans (suicide 1/4). Pronostic meilleur si : début précoce traité, soutien familial, durée < 3 ans.
Drapeaux rouges nécessitant hospitalisation :
IMC < 13, bradycardie < 40/min. Hypothermie < 35,5°C, parfois hypotension < 80/50 mmHg, ainsi que hypoglycémie symptomatique. Hypokaliémie < 3 mmol/L — déshydratation, défaillance rénale et échec ambulatoire, souvent idéations suicidaires. Crises boulimiques + vomissements > 4-5/jour.
03Boulimie nerveuse#
A, épisodes récurrents de crises de boulimie :
Ingestion en peu de temps (≤ 2 h) de quantité considérablement supérieure à ce que la majorité des gens consommerait, sentiment de perte de contrôle. B, comportements compensatoires récurrents pour prévenir la prise de poids : vomissements, laxatifs, diurétiques, jeûne, exercice excessif C, crises et compensations ≥ 1 fois/semaine depuis ≥ 3 mois D, estime de soi indûment influencée par le poids et la forme corporelle E, ne survient pas exclusivement durant épisode anorexie Léger : 1-3 épisodes/sem, parfois modéré : 4-7 — sévère : 8-13, ainsi que extrême : ≥ 14.
Poids souvent normal (IMC 18,5-25), parfois en surpoids — d'où sous-diagnostic et honte majeure — secret absolu (entourage souvent ignorant), parfois crises planifiées (achats, lieux), culpabilité post-crise → compensation, restriction → faim → crise → vomissement → culpabilité → restriction, déclencheurs principaux (stress, tristesse, colère, ennui).
Érosions dentaires posterieures (acide gastrique) ; hypertrophie des glandes parotides (boules à la mâchoire) et cheveux/ongles abîmés, signe de Russell (cicatrices/callosités sur dos main par stimulation pharyngée), ainsi que œsophagite, RGO, parfois rupture œsophagienne (rare mais grave) ; hypokaliémie, hypochlorémie, alcalose métabolique, arythmies cardiaques, constipation (laxatifs) ; œdèmes post-arrêt vomissement/laxatifs (water rebound), parfois vomissements sanglants → urgence, souvent aménorrhée ou cycles irréguliers.
50-70 %, souvent anxiété, attaques de panique, parfois alcool, drogues (impulsivité commune), ainsi que TPB (trouble personnalité borderline) : chevauchement, automutilations.
04Hyperphagie boulimique#
Définition DSM-5 (introduit officiellement en 2013) : A, épisodes récurrents de crises de boulimie
B — associés à ≥ 3 :
Manger beaucoup plus rapidement ; manger jusqu'à se sentir inconfortablement plein, ainsi que manger sans avoir faim physiquement. Manger seul par honte de la quantité, dégoût, dépression, culpabilité après.
C, détresse marquée par les crises D. ≥ 1 fois/semaine depuis ≥ 3 mois E. PAS de comportements compensatoires (≠ boulimie)
2-4 % de la population, parfois proportion plus équilibrée H/F (2:1 vs 10:1 anorexie), ainsi que âge plus tardif au diagnostic (30-40 ans souvent) ; patient souvent en surpoids ou obésité (60-70 %), honte, isolement.
Crises de 2-3 heures parfois ; ingestion de 3 000-10 000 kcal, ainsi que aliments hyper-caloriques, sucrés, gras (cookies, glaces, pizzas, chocolat), automatisme, transe (déconnexion), honte, dégoût après — cachettes de nourriture, ainsi que achats compulsifs alimentaires ; dette financière parfois, isolement progressif.
Obésité 60-70 % des cas, souvent diabète type 2, parfois hypertension, dyslipidémie, syndrome métabolique — NAFLD (foie gras). 50 %, anxiété, faible estime de soi. Gourmand ordinaire : pas de perte de contrôle ni détresse, avec compensation, ainsi que prises nocturnes.
05Facteurs de risque#
50-80 % — antécédents familiaux de TCA, dépression, addictions, parfois gènes : 5-HTT, BDNF, FTO. Dysrégulation sérotonine, dopamine, souvent altérations du circuit de la récompense — hippocampe, insula modifiées, microbiote intestinal (recherche).
Les facteurs en jeu sont perfectionnisme et estime de soi basse ; anxiété chronique, dépression, souvent trouble obsessionnel-compulsif (anorexie surtout), dysrégulation émotionnelle (boulimie, hyperphagie), souvent trauma dans l'enfance (sexuel, émotionnel, physique) ; harcèlement (poids, apparence) et deuil, séparation, épisode dépressif.
Les facteurs en jeu sont conflits, alimentation rigide, commentaires sur le poids et modèles parentaux : régimes, dévalorisation corporelle, parfois traumatismes familiaux, pas la "faute" des parents — facteur parmi d'autres.
Les facteurs en jeu sont idéal de minceur (femmes), musculature (hommes), parfois Instagram, TikTok — exposition à corps idéaux retouchés — régimes restrictifs prônés et fat shaming, culture du contrôle alimentaire, danse, gymnastique, mannequinat, athlétisme, jockeys, lutte (catégories de poids).
Les facteurs en jeu sont régime restrictif (souvent porte d'entrée) ; événement de vie (déménagement, séparation, deuil), parfois changement corporel (puberté, grossesse), souvent harcèlement, agression, diagnostic de maladie.
06Diagnostic et bilan somatique#
Le diagnostic repose sur diagnostic clinique par psychiatre ou médecin formé TCA, avec équipe pluridisciplinaire.
Histoire pondérale détaillée, parfois comportements alimentaires (interrogatoire 24-48 h), souvent vomissements, laxatifs, diurétiques, sport et préoccupations corporelles, image, psy, médicaux, traumatismes, règles chez la femme, ainsi que dépression, anxiété, TOC, addictions, parfois à dépister systématiquement, fonctionnement social, professionnel, scolaire, famille, amis, motivation.
EAT-26 (Eating Attitudes Test) : dépistage 26 items et EDE-Q (Eating Disorder Examination Questionnaire) : 28 items — 5 questions de dépistage rapide en consultation, ainsi que dépression et anxiété, hospital anxiety depression scale.
Le diagnostic repose sur suivi essentiel et percentiles chez l'adolescente ; TA, FC, T° — examen général : peau, ongles, muqueuses, dents, gencives (érosions, caries) et glandes parotides (hypertrophie), signe de Russell, parfois œdèmes, amaigrissement, distension ; état neurologique (encéphalopathie carencielle), développement pubertaire chez l'adolescente.
Le diagnostic repose sur anémie, leucopénie, thrombopénie (dénutrition sévère), souvent Na, K, Cl (hypokaliémie sur vomissements/laxatifs), créatinine, urée, ainsi que glycémie. ASAT, ALAT, PAL, bilirubine ; CRP, parfois éliminer hyperthyroïdie et calcémie, phosphorémie, magnésémie, albumine, pré-albumine : statut nutritionnel — B12, B9, D, B1, souvent fer (ferritine), ainsi que bilan martial, bilan lipidique, lipase, amylase (pancréatite si vomissements abondants).
Le diagnostic repose sur bradycardie, troubles rythme, QT long, ostéodensitométrie (DEXA) : ostéoporose précoce ; LH, FSH, œstradiol, cortisol — selon contexte et si vomissements fréquents (œsophagite), cas atypiques.
MICI, maladie cœliaque, achalasie, ainsi que hyperthyroïdie, diabète déséquilibré, panhypopituitarisme, infections chroniques, cancers ; dépression majeure avec anorexie symptomatique, abus de substances avec amaigrissement.
07Prise en charge pluridisciplinaire#
La prise en charge implique équipe pluridisciplinaire, prise en charge globale, durée prolongée (1-5 ans).
La prise en charge implique référent et psychologue/psychothérapeute TCA — médecin nutritionniste ; diététicien(ne), médecin somaticien (généraliste, pédiatre), souvent gynécologue, endocrinologue selon, dentiste ; restauration corporelle, enseignant APA (activité physique adaptée), infirmière spécialisée et assistante sociale.
Formes légères, début traitement et consultations multidisciplinaires, ainsi que au Maroc : possible en cabinets coordonnés. Formes modérées et repas thérapeutiques + groupes + thérapies, parfois 3-5 jours/semaine. Au Maroc : émergent (CHU Rabat, Casa).
Formes sévères, drapeaux rouges, ainsi que contrat de soin avec poids cible, alimentation surveillée, parfois sondage naso-gastrique. Prise en charge psychiatrique intensive. Durée : 6 semaines à 6 mois selon.
IMC < 13, souvent complications somatiques sévères (cardiaques, électrolytiques) et échec ambulatoire, parfois idéations suicidaires. Contexte familial pathogène. Comorbidités sévères.
La prise en charge implique restauration progressive du poids, prise de poids 0,5-1 kg/semaine en hôpital, introduction progressive : éviter syndrome de renutrition (hypophosphorémie, défaillance cardiaque) au début, souvent suppléments vitaminiques systématiques — parfois sondage naso-gastrique si refus alimentaire.
TCC-E (Thérapie Cognitivo-Comportementale améliorée pour TCA) :
gold standard pour adultes, 20-40 séances sur 9-12 mois et modules : alimentation, image corporelle, perfectionnisme, intolérance émotionnelle.
Pour adolescents, gold standard anorexie chez l'enfant/adolescent, restauration alimentaire (parents responsables), retour autonomie, identité ado. 15-20 séances sur 6-12 mois. Pour boulimie, hyperphagie. Alternative à TCC. Pour formes complexes, comorbidités personnalité. Thérapie de pleine conscience (MBCT, MB-EAT) :
Pour hyperphagie boulimique. Mindful eating. Formes avec dysrégulation émotionnelle, automutilations, TPB.
La prise en charge implique pas d'efficacité prouvée des antidépresseurs en phase aiguë et olanzapine (faible dose, off-label) parfois pour anxiété pondérale ; antidépresseurs en cas de comorbidité dépressive (post-renutrition).
La prise en charge implique approuvé FDA, réduit crises et compensations, souvent autres ISRS efficaces, ainsi que alternative. La prise en charge implique lisdexamfétamine (approuvé FDA 2015) : non disponible Maroc et intéressant, souvent sertraline — agonistes GLP-1 (sémaglutide) : recherche active.
La prise en charge implique plans alimentaires structurés (3 repas + 2 collations) et tous aliments autorisés ; abandon des régimes, journal alimentaire (selon stade), exposition aux "aliments interdits", rééducation sensations faim/satiété.
La prise en charge implique pas pendant phase aiguë anorexique — marche, yoga, Pilates, parfois éviter sport excessif ; enseignant APA spécialisé. "Anorexie Boulimie Maroc" (groupes WhatsApp/Facebook), ainsi que groupes d'aide aux familles et sortir de l'isolement.
08Ressources au Maroc#
Psychiatres formés TCA : émergent au Maroc, ainsi que psychologues TCA : plus fréquents en privé, souvent nutritionnistes TCA : limités, à Casa, Rabat surtout ; Rabat (Arrazi), Casa (Ibn Rochd). Sahha.ma annuaire spécialisé.
En cours de structuration au Maroc et équipe TCA en développement, souvent cliniques privées spécialisées en psychiatrie.
Consultation psychiatre : 400-800 MAD, ainsi que consultation nutritionniste : 300-600 MAD, parfois séance psychologue : 350-700 MAD, souvent bilan complet (biologie + DEXA + ECG) : 2 000-5 000 MAD. Hospitalisation TCA : variable selon centre, remboursement consultations + médicaments + hospitalisation.
L'anorexie mentale et la boulimie sont reconnues affection longue durée. Inscription par psychiatre → 100 % traitements et examens. AMSM (Association Marocaine de Santé Mentale), souvent associations féminines incluant TCA, groupes WhatsApp/Facebook : "TCA Maroc", "Anorexie Boulimie Hyperphagie Maroc". Urgence, ligne d'écoute psychologique CHU Rabat : 0537 22 39 00 et pour les jeunes : 150 police, 190 gendarmerie en cas de violence. Se renseigner sur la maladie, souvent écouter sans juger — soutenir dans la démarche thérapeutique, parfois inviter à manger sans pression, maintenir le lien, épuisement courant des aidants.
Commenter le poids, la silhouette — forcer à manger, parfois culpabiliser ("pense à nous, à toi"), comparer à d'autres, menacer, donner ultimatums, se substituer au thérapeute. Adolescentes en restriction, souvent orientation vers infirmerie scolaire / médecine du travail et éviter humiliations, harcèlement, ainsi que environnement bienveillant. 50 % guérison complète, 30 % chronique, 20 % décès/séquelles, parfois 60-70 % guérison — 60-70 % guérison, ainsi que 30-50 %, suivi prolongé essentiel, précocité = facteur pronostique majeur.
Éducation alimentaire dans les écoles, parfois lutte contre fat shaming, encourager diversité corporelle, souvent éducation critique, dépistage précoce par médecins de famille, scolaires, soutien parental dans difficultés alimentaires enfants.
Psychédéliques assistés (psilocybine pour anorexie réfractaire), ainsi que TMS (stimulation magnétique trans-crânienne) et microbiote intestinal — biomarqueurs pour diagnostic précoce, applications smartphone d'aide au suivi, réalité virtuelle pour image corporelle.
TCA = maladies psychiatriques graves mais traitables, parfois équipe pluridisciplinaire indispensable — précocité du diagnostic = meilleur pronostic, ainsi que soutien sans jugement, psychothérapie au cœur du traitement, si suspicion, consulter.
Foire aux questions
Questions fréquentes
1Comment savoir si je souffre d'un TCA ?+
2L'anorexie est-elle une maladie mortelle ?+
3Au Maroc, vers qui se tourner en cas de TCA ?+
Vérifiable
Sources médicales
Révision médicale
Dr. Salma Ouali
Nutritionniste, spécialiste TCA
Cet article a été vérifié médicalement le 29 avril 2026 selon les standards Sahha (E-E-A-T santé, sources OMS / HAS / Inserm / Ministère de la Santé du Maroc).
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