Sommaire (8)+
01Comprendre la lithiase urinaire#
La lithiase urinaire ou calculs rénaux est une affection caractérisée par la formation de cristaux solides dans les voies urinaires (reins, uretères, vessie). Ces cristaux résultent de la précipitation de substances présentes dans l'urine lorsque leur concentration dépasse les limites de solubilité. Les calculs peuvent rester silencieux pendant des années dans les reins, ou provoquer des symptômes spectaculaires lorsqu'ils migrent dans les uretères.
La lithiase urinaire est une on estime que 10-15 % de la population mondiale développera au moins un épisode de calcul dans sa vie. Au Maroc, la prévalence est particulièrement élevée en raison de plusieurs facteurs convergents : climat chaud et sec favorisant la déshydratation, alimentation riche en sel et protéines animales, consommation insuffisante d'eau, facteurs génétiques. Plusieurs études marocaines estiment qu'environ 15-20 % des Marocains sont concernés. Les coliques néphrétiques figurent parmi les motifs les plus fréquents de passage aux urgences urologiques au Maroc.
L'âge typique du premier épisode est entre 30 et 50 ans, avec une prédominance masculine (3 hommes pour 1 femme avant 50 ans, ratio plus équilibré ensuite). Le risque de récidive après un premier épisode est important : 30-50 % à 5 ans, 50-70 % à 10 ans. Cette tendance récidivante justifie la prévention systématique chez tout patient ayant fait un calcul.
La physiopathologie des calculs combine plusieurs mécanismes. Une sursaturation urinaire en substances cristallogènes (calcium, oxalate, acide urique, cystine, phosphate, magnésium) due à : excrétion excessive (hyperuricurie, hypercalciurie, hyperoxalurie), réduction du volume urinaire (déshydratation, faible apport hydrique), modification du pH urinaire favorisant la précipitation, déficit en inhibiteurs naturels de la cristallisation (citrate, magnésium). Une stase urinaire par anomalie anatomique (sténose pyélo-urétérale, rein en fer à cheval, méga-uretère) ou fonctionnelle favorise la formation. Une infection urinaire chronique à germes uréasiques peut générer des calculs particuliers (struvite).
02Les différents types de calculs#
Les calculs urinaires se distinguent par leur composition chimique, ce qui a des implications majeures sur les traitements et la prévention.
Les calculs d'oxalate de calcium représentent la forme la plus fréquente (70-80 % des calculs dans le monde, 60-70 % au Maroc). Ils peuvent être de whewellite (oxalate de calcium monohydraté, dur, sphérique, brun foncé) souvent associés à une hyperoxalurie (apport alimentaire excessif d'aliments riches en oxalates : épinards, rhubarbe, betteraves, fruits secs, chocolat noir, thé, vitamine C en excès), ou de weddellite (oxalate de calcium dihydraté, plus friable, brun clair) associée à une hypercalciurie (apport excessif de calcium ou défaut de réabsorption rénale).
Les calculs de phosphate de calcium (5-15 %) sont plus rares, souvent associés à un pH urinaire alcalin et à des troubles métaboliques (acidose tubulaire rénale, hyperparathyroïdie).
Les calculs d'acide urique (8-15 %) résultent d'une hyperuricémie (goutte, syndrome métabolique, diabète de type 2) ou d'un pH urinaire trop acide. Particularité importante : ces calculs sont radiotransparents (invisibles sur radiographies standard) et peuvent être dissous médicalement par alcalinisation des urines.
Les calculs de struvite (5-10 %) ou calculs phospho-ammoniaco-magnésiens sont liés aux infections urinaires à germes uréasiques (Proteus, Klebsiella). Ils peuvent atteindre des tailles importantes (calculs coralliformes occupant tout le système collecteur). Plus fréquents chez la femme.
Les calculs de cystine (1-2 %) sont héréditaires (cystinurie, maladie autosomique récessive) et débutent typiquement chez l'enfant ou l'adulte jeune. Très récidivants, ils nécessitent une prise en charge spécialisée à vie.
D'autres types rares existent : médicamenteux (indinavir, sulfamides, triamtérène), métaboliques rares (xanthinurie, hyperoxalurie primaire).
L'analyse spectrophotométrique systématique du calcul après élimination ou extraction est essentielle pour orienter la prévention. Au Maroc, plusieurs laboratoires (CHU, laboratoires privés spécialisés) réalisent cette analyse, à un coût de 300-500 MAD.
03La colique néphrétique : tableau typique#
La colique néphrétique est l'expression clinique typique du passage d'un calcul dans l'uretère. Elle constitue l'une des douleurs les plus intenses que l'humain puisse éprouver — souvent comparée par les femmes ayant accouché à une douleur pire que l'accouchement.
Le déclenchement est typiquement brutal, sans facteur déclenchant identifié, parfois à l'effort, en voiture (vibrations), après un grand verre d'eau, ou la nuit pendant le sommeil. La douleur s'installe en quelques minutes et atteint rapidement son maximum.
La localisation est typiquement lombaire unilatérale (côté du calcul), irradiant vers le flanc, l'aine, parfois jusqu'aux organes génitaux externes (testicule chez l'homme, grande lèvre chez la femme). L'intensité est extrême, parfois insupportable, avec un patient agité, anxieux, incapable de trouver une position antalgique (signe distinctif important : dans les douleurs abdominales chirurgicales, le patient cherche au contraire l'immobilité).
Les signes associés complètent souvent le tableau : nausées et vomissements par mécanisme réflexe vagal, agitation extrême et impossibilité de rester en place, pâleur, sueurs, parfois lipothymie (malaise). La fièvre est habituellement absente : sa présence avec colique néphrétique évoque une complication infectieuse grave nécessitant un drainage en urgence.
Les signes urinaires peuvent être présents : hématurie macroscopique (urines rosées à rouges) ou microscopique (visible uniquement à la bandelette ou au microscope), pollakiurie et brûlures mictionnelles quand le calcul approche de la jonction urétéro-vésicale.
L'évolution sous traitement antalgique est favorable dans la plupart des cas : expulsion spontanée du calcul dans 50-80 % des cas selon la taille (95 % pour les calculs <5 mm, 50 % pour 5-10 mm, <20 % au-delà de 10 mm), avec un délai variable de quelques heures à 4-6 semaines. Une fois le calcul expulsé, la douleur disparaît complètement.
Certains signes d'alerte justifient une consultation urgente : fièvre (>38,5°C) suggérant une pyélonéphrite obstructive, anurie (absence d'urines, surtout chez le patient à un seul rein), persistance de la douleur intense malgré le traitement antalgique, dégradation de l'état général. Ces situations peuvent nécessiter un drainage urgent des urines (sonde JJ, néphrostomie percutanée).
04Le diagnostic#
Le diagnostic de colique néphrétique est principalement clinique, mais des examens complémentaires sont systématiques pour confirmer la lithiase, localiser le calcul et évaluer le retentissement.
L'examen biologique initial comprend : bandelette urinaire (souvent positive pour le sang, parfois pour les leucocytes en cas de surinfection), ECBU si signes d'infection, créatinine sanguine pour évaluer la fonction rénale, NFS et CRP si suspicion d'infection.
L'imagerie est essentielle. Le scanner abdomino-pelvien sans injection (uroscanner basse dose) est l'examen de il visualise tous les calculs (y compris les calculs d'acide urique radiotransparents en radio standard), précise leur taille et localisation, évalue la dilatation des cavités rénales (hydronéphrose) traduisant l'obstruction, recherche les complications (rupture de fornix, infection) et disponibilité 24h/24 dans les hôpitaux marocains et la plupart des cliniques privées, souvent coût : 800-1500 MAD.
L'échographie rénale et vésicale est une alternative ou un complément, particulièrement utile chez la femme enceinte ou chez les patients à éviter d'irradier et elle visualise la dilatation pyélocalicielle, parfois le calcul, moins précise que le scanner pour les petits calculs urétéraux.
L'ASP (Abdomen Sans Préparation, radiographie simple) a perdu de son intérêt avec le scanner mais peut être utile pour suivre l'évolution d'un calcul radio-opaque déjà identifié. L'uroscanner avec injection (avec opacification des voies urinaires) est utile pour les bilans plus complets ou les calculs complexes.
Au-delà de la phase aiguë, un bilan métabolique est recommandé après tout premier calcul, particulièrement chez les sujets jeunes ou avec récidives : bilan sanguin (calcémie, phosphorémie, uricémie, glycémie, créatininémie, parfois PTH), bilan urinaire des 24 heures (volume, créatinine, calcium, oxalate, acide urique, citrate, sodium, potassium, magnésium, urée, parfois cystine et autres). L'analyse spectrophotométrique du calcul expulsé est essentielle pour orienter la prévention.
05Le traitement de la crise aiguë#
Le traitement de la colique néphrétique vise d'abord à soulager la douleur puis à faciliter l'évacuation du calcul.
Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont le traitement de première ligne en l'absence de contre-indication : kétoprofène (Profénid) 100 mg IV ou IM, diclofénac (Voltarène) 75 mg IM. Ils agissent rapidement (15-30 minutes) en réduisant l'œdème uretéral et la pression intra-pyélique, insuffisance rénale, ulcère gastroduodénal, allergie, grossesse au 3e trimestre. Au Maroc, ces médicaments sont largement disponibles sur ordonnance.
Les antalgiques opioïdes sont utilisés en cas d'inefficacité ou de contre-indication aux AINS : tramadol (Tradonal, Topalgic) 100 mg IV ou per os, morphine dans les douleurs résistantes (3-5 mg IV titrés). À l'hôpital, l'équivalent du Pethidine (Dolosal au Maroc) reste utilisé.
Les antispasmodiques (phloroglucinol — Spasfon, tiémonium — Viscéralgine) ont un intérêt limité mais peuvent compléter en cas de spasme uretéral. Le paracétamol IV est utilisé en complément.
Une fois la douleur calmée, le traitement à domicile repose sur : AINS oraux (kétoprofène 50 mg ou ibuprofène 400 mg toutes les 6-8 heures, durée limitée à 48-72 heures), antalgiques de palier (paracétamol-codéine, tramadol), antispasmodiques, hydratation modérée (pas excessive en phase aiguë car cela aggrave la pression intra-pyélique).
Les alpha-bloquants (tamsulosine 0,4 mg/jour, alfuzosine 10 mg/jour) accélèrent l'expulsion des calculs urétéraux distaux (>5 mm) en relâchant le muscle lisse uretéral, traitement de 2-4 semaines maximum, souvent largement utilisés au Maroc.
L'hospitalisation en urgence est nécessaire en cas de : douleur résistante au traitement à domicile, pyélonéphrite obstructive (fièvre + colique néphrétique = urgence absolue), anurie ou insuffisance rénale aiguë (calcul sur rein unique ou bilatéral), vomissements incoercibles empêchant l'hydratation, terrain fragile (sujet âgé, diabétique, immunodéprimé, grossesse).
En cas d'obstruction infectée, un drainage urgent des voies urinaires hautes est indispensable : sonde JJ par voie endoscopique sous anesthésie, ou néphrostomie percutanée par voie radiologique. Cette dérivation urinaire associée à une antibiothérapie intraveineuse permet de contrôler l'infection avant le traitement définitif du calcul.
06Le traitement définitif des calculs#
Une fois la phase aiguë passée, le traitement du calcul lui-même est nécessaire si l'expulsion spontanée n'a pas eu lieu ou si le calcul est trop volumineux. Plusieurs techniques sont disponibles au Maroc.
La lithotritie extracorporelle par ondes de choc (LEC) est une technique non invasive qui fragmente les calculs par des ondes de choc ciblées de l'extérieur. Indication idéale : calculs rénaux ou urétéraux proximaux de 5 à 20 mm. Procédure ambulatoire de 30-60 minutes, sous sédation légère ou anesthésie locale, avec contrôle radiologique ou échographique, parfois hospitalisation rarement nécessaire, plusieurs séances peuvent être requises pour les gros calculs. Effets indésirables : hématurie, ecchymoses cutanées, parfois colique néphrétique post-séance par migration des fragments et disponible dans les CHU et plusieurs cliniques privées au Maroc, ainsi que coût : 6 000-15 000 MAD selon les centres, partiellement remboursé.
L'urétéroscopie souple (avec fragmentation au laser) est devenue le traitement de référence pour de nombreux calculs urinaires. L'urologue introduit un endoscope souple par les voies urinaires naturelles jusqu'au rein, visualise le calcul et le fragmente avec un laser holmium ou thulium et les fragments sont extraits avec un panier ou laissés à évacuer naturellement, hospitalisation courte (1-2 jours), sous anesthésie générale ou rachianesthésie. Excellente efficacité même pour les calculs durs (oxalate de calcium monohydraté, cystine) résistants à la LEC ; une sonde JJ est généralement laissée 1-3 semaines après l'intervention, ainsi que disponible dans les principaux centres marocains et coût : 15 000-30 000 MAD.
La néphrolithotomie percutanée (NLPC) est indiquée pour les gros calculs rénaux (>20 mm) ou les calculs coralliformes complexes. Elle consiste à créer un accès direct au rein par ponction percutanée du dos sous contrôle radiologique, puis à introduire un endoscope rigide ou souple pour fragmenter et extraire le calcul, ainsi que hospitalisation 3-5 jours, sous anesthésie générale, souvent plus invasive que les autres techniques mais très efficace pour les gros calculs, parfois pratiquée dans les CHU et certains centres privés spécialisés. Coût : 25 000-50 000 MAD.
La chirurgie ouverte (pyélolithotomie, néphrectomie) est désormais exceptionnelle, réservée aux situations très complexes ou en cas d'échec des techniques mini-invasives. Sa place se réduit chaque année grâce aux progrès endoscopiques.
Pour les calculs vésicaux (souvent associés à une HBP), la lithotripsie endoscopique (cystolithalapaxie) est la technique de choix.
Pour les calculs d'acide urique, un traitement médical par alcalinisation urinaire (citrate de potassium, bicarbonate de sodium) avec objectif de pH urinaire >6,5 peut dissoudre progressivement le calcul en quelques semaines à mois, évitant tout geste invasif. Cette particularité fait la spécificité des calculs d'acide urique.
07Prévenir les récidives#
Après un premier épisode de lithiase, le risque de récidive est élevé (30-50 % à 5 ans), justifiant une prévention systématique. Plusieurs mesures sont efficaces.
L'hydratation abondante est la mesure la plus importante et la plus efficace : boire au moins 2,5 à 3 litres d'eau par jour, répartis tout au long de la journée et avant le coucher, pour produire au moins 2 litres d'urine par 24 heures. L'objectif est une dilution permanente des urines qui empêche la sursaturation. Au Maroc, particulièrement en été et dans les régions chaudes, cet apport doit être augmenté à 3-3,5 litres par temps chaud ou en cas d'activité physique. Toutes les eaux conviennent (eau du robinet, eaux minérales) sauf certaines très chargées en calcium si on a déjà des calculs calciques (mais l'effet de la dilution prime sur le contenu).
L'alimentation équilibrée comporte plusieurs adaptations selon le type de calcul :
Pour les calculs d'oxalate de calcium (les plus fréquents) : réduction des apports en sel (moins de 6 g de sel par jour, en évitant charcuteries, plats préparés, fast-food), modération des protéines animales (viandes, poissons : 1-1,5 g/kg/jour maximum), apport calcique normal (3 produits laitiers par jour, paradoxalement le calcium alimentaire réduit l'absorption d'oxalate intestinal et donc le risque de calcul — l'erreur classique est de supprimer les laitages), limitation des aliments très riches en oxalates (épinards, rhubarbe, betteraves, fruits secs, chocolat, thé en grandes quantités).
Pour les réduction des protéines animales (notamment viandes rouges et abats riches en purines), éviction des boissons sucrées (sodas riches en fructose), traitement médical par allopurinol ou febuxostat pour réduire l'uricémie, alcalinisation urinaire par citrate de potassium ou eau de Vichy.
Pour les hyperhydratation intensive (>4 litres/jour), alcalinisation urinaire, parfois traitement spécifique (D-pénicillamine, tiopronine) en cas de récidives. Pour les traitement de l'infection urinaire chronique par antibiothérapie ciblée et prolongée, parfois prévention de la cristallisation par acide acétohydroxamique.
L'activité physique régulière réduit le risque de calculs (mécanismes multiples : meilleur contrôle du poids, du diabète, hydratation après l'effort). Le maintien d'un poids santé est important — l'obésité augmente significativement le risque de tous types de calculs.
La surveillance est recommandée : consultation urologique annuelle après un premier calcul, échographie rénale et bilan biologique tous les 1-2 ans, contrôle systématique d'un calcul résiduel ou récidivant. La détection précoce d'un calcul asymptomatique permet un traitement plus simple.
Au Maroc, la prise en charge des calculs urinaires est généralement bonne : urgences urologiques accessibles dans toutes les villes, lithotritie extracorporelle disponible dans les principales métropoles, endoscopie urinaire moderne dans les CHU et les grands centres privés. Les médicaments préventifs (alpha-bloquants, alcalinisants, allopurinol) sont disponibles à des coûts abordables et partiellement remboursés.
Foire aux questions
Questions fréquentes
1Comment savoir si je vais expulser mon calcul tout seul ?+
2L'eau du robinet au Maroc favorise-t-elle les calculs ?+
3Combien de temps faut-il pour récupérer après une chirurgie de calcul ?+
Vérifiable
Sources médicales
Révision médicale
Dr. Rachid Benkacem
Urologue, lithiase urinaire
Cet article a été vérifié médicalement le 29 avril 2026 selon les standards Sahha (E-E-A-T santé, sources OMS / HAS / Inserm / Ministère de la Santé du Maroc).
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