Sommaire (8)+
01Comprendre la gonarthrose#
L'arthrose du genou ou gonarthrose est une maladie articulaire chronique caractérisée par la dégradation progressive du cartilage qui recouvre les extrémités osseuses du genou (fémur, tibia et rotule). Elle constitue la première cause de handicap chez l'adulte dans le monde et l'arthrose la plus fréquente des articulations portantes.
Au Maroc, on estime que plus de 2 millions de personnes souffrent de gonarthrose à des degrés divers. Sa prévalence augmente exponentiellement avec l'âge : 10 % de la population après 50 ans, 30 % après 60 ans, 50 % après 70 ans, et plus de 80 % après 80 ans. La prédominance féminine est marquée (3 femmes pour 2 hommes), particulièrement après la ménopause.
Le cartilage articulaire est un tissu blanc et lisse qui permet aux os de glisser l'un sur l'autre sans friction, en absorbant les chocs. Dans la gonarthrose, ce cartilage se fissure progressivement, s'amincit, puis disparaît par zones, laissant l'os à nu. Cette dégradation s'accompagne de réactions inflammatoires intermittentes (poussées arthrosiques), de prolifération osseuse périphérique (ostéophytes ou "becs de perroquet"), et d'altérations de l'os sous-chondral.
L'arthrose touche particulièrement le compartiment fémoro-tibial interne dans 75 % des cas (lié au varus naturel et à l'obésité), le compartiment fémoro-patellaire (rotule) dans 40 % des cas, plus rarement le compartiment fémoro-tibial externe. Les formes peuvent être isolées sur un seul compartiment ou bi/tricompartimentales (les plus invalidantes).
L'évolution est typiquement lente sur des années à décennies, ponctuée de poussées congestives plus douloureuses. Le handicap fonctionnel apparaît progressivement : difficulté à monter/descendre les escaliers, à se relever d'une position assise basse, à marcher longtemps, à monter en voiture. Heureusement, la prise en charge moderne permet de retarder considérablement le handicap et la chirurgie prothétique.
02Les facteurs de risque#
L'âge est le facteur principal et inévitable, par usure cumulée du cartilage. La génétique joue un rôle important (formes familiales fréquentes).
L'obésité et le surpoids sont les facteurs modifiables les plus puissants. Chaque kilo en trop représente 3-4 kg de pression supplémentaire sur le genou en marche, et 5-7 kg en montée d'escaliers. La perte de 5 % du poids réduit de 50 % le risque d'aggravation de la gonarthrose.
Les entorses graves du genou (ligament croisé antérieur), méniscectomies (ablation chirurgicale d'un ménisque), fractures articulaires augmentent considérablement le risque (gonarthrose post-traumatique précoce, parfois dès 30-40 ans).
Les genu varum (jambes arquées vers l'extérieur, surchargeant le compartiment interne) ou genu valgum (genoux qui se touchent, surchargeant le compartiment externe) accélèrent l'arthrose.
Les professions et sports à fort impact sur le genou : ouvriers du BTP, agriculteurs, jardiniers (positions à genoux), sportifs de haut niveau (football, rugby, tennis professionnel). Au Maroc, plusieurs métiers traditionnels (artisans, commerce ambulant) impliquent des postures préjudiciables.
Les maladies articulaires sous-jacentes : polyarthrite rhumatoïde, goutte, chondrocalcinose peuvent évoluer vers une arthrose secondaire. L'inactivité physique paradoxalement est un facteur aggravant : un genou peu sollicité s'enraidit et le cartilage perd sa nutrition (qui dépend du mouvement).
03Les symptômes typiques#
La douleur est le symptôme principal, typiquement déclenchée par l'activité (marche, escaliers, station debout prolongée), soulagée par le repos. Elle siège principalement à la face antérieure ou interne du genou selon le compartiment atteint, parfois irradie à la cuisse ou à la jambe.
La dérouillage matinal est court (moins de 30 minutes), distinctif des arthrites inflammatoires (où il dure plus d'une heure). L'arthrose est typiquement pire le soir après la journée d'activité. La raideur articulaire progressive : difficulté à plier ou tendre complètement le genou, sensation de "blocage" intermittent.
Les épisodes de quelques jours à semaines avec douleur exacerbée, gonflement par épanchement articulaire, parfois rougeur et chaleur locale modérées. Souvent déclenchées par une surcharge ou une activité inhabituelle.
Les craquements (crépitations) au mouvement, souvent audibles, sont fréquents mais non spécifiques. L'instabilité ou sensation de lâchage du genou peut survenir (genou qui "se dérobe"), liée à la faiblesse musculaire et aux altérations articulaires.
La limitation fonctionnelle progresse : périmètre de marche réduit (de plusieurs km à quelques centaines de mètres), difficulté à monter/descendre les escaliers, à se relever d'une chaise basse, à se mettre à genoux pour la prière musulmane (problème spécifique au Maroc), à monter dans une voiture.
L'examen clinique retrouve typiquement : déformation axiale (varus ou valgus), gonflement parfois, chocs rotuliens en cas d'épanchement, limitation des amplitudes (flexion limitée à 90-110° au lieu de 130-140° normaux), craquements à la mobilisation, amyotrophie quadricipitale dans les formes évoluées.
04Le diagnostic#
Le diagnostic est clinique et radiologique. Les radiographies sont l'examen de référence : face en charge debout (essentielle pour évaluer le pincement articulaire), profil, incidence fémoro-patellaire (Schuss). Elles montrent : pincement de l'interligne articulaire (perte de cartilage), ostéophytes, condensation osseuse sous-chondrale, géodes. Coût : 200-400 MAD.
L'IRM n'est pas systématique mais utile pour évaluer le cartilage précisément, les ménisques, les ligaments croisés, l'os sous-chondral. Coût : 1500-3000 MAD. L'échographie peut visualiser un épanchement articulaire, un kyste de Baker (extension synoviale derrière le genou).
La biologie est généralement normale dans l'arthrose. Une CRP élevée doit faire rechercher une autre cause (arthrite infectieuse, microcristalline), le bilan martial et la calcémie sont utiles, ainsi que le bilan d'arthrose ne nécessite pas de marqueurs sanguins spécifiques.
05Les traitements médicaux#
Les mesures hygiéno-diététiques sont la base : perte de poids chez les patients en surpoids (mesure la plus efficace), activité physique régulière adaptée (natation, vélo, marche sur sol plat), renforcement musculaire du quadriceps, éviter les positions à genoux prolongées.
Les paracétamol (jusqu'à 3-4 g/jour) en première intention pour les douleurs modérées.
Les AINS (ibuprofène, diclofénac, kétoprofène, naproxène) sont efficaces sur la douleur et l'inflammation des poussées. Utilisation en cures courtes (5-15 jours) en raison des risques digestifs et cardiovasculaires. Préférer la voie locale (gel, crème — Voltarène emulgel) qui a moins d'effets systémiques.
Les tramadol, codéine pour les poussées douloureuses ne répondant pas aux antalgiques simples.
Les chondroprotecteurs (glucosamine, chondroïtine sulfate, diacéréine — ART50, insaponifiables d'avocat-soja — Piasclédine) sont controversés sur leur efficacité réelle, effet modeste mais excellente tolérance et peuvent être essayés en cures de 3-6 mois.
La kinésithérapie est essentielle : renforcement musculaire (quadriceps, ischio-jambiers, fessiers), exercices d'amplitude articulaire, balnéothérapie, électrothérapie — 10-30 séances renouvelables, coût Maroc : 100-200 MAD par séance, partiellement remboursé.
Les orthèses peuvent aider : genouillères de soutien, semelles avec corrections (talonnettes pour décharger le compartiment atteint). Une canne dans la main opposée à la douleur réduit de 20-30 % la pression sur le genou douloureux et améliore considérablement la marche.
06Les infiltrations#
Les infiltrations intra-articulaires sont une option majeure dans la gonarthrose.
Les corticoïdes (méthylprednisolone, triamcinolone) ont un effet rapide et puissant sur l'inflammation et la douleur des poussées — effet 1-3 mois, souvent maximum 3-4 infiltrations par an et par articulation, coût Maroc : 300-800 MAD.
L'acide hyaluronique (Synvisc, Durolane, Synocrom) reproduit le liquide synovial naturel et améliore la lubrification articulaire, une à trois injections selon le produit, souvent effet plus lent que les corticoïdes (4-6 semaines) mais durable (6-12 mois) — particulièrement intéressant chez les patients jeunes ou en attente de prothèse. Coût : 1000-3000 MAD par injection, partiellement remboursé.
Le injection de plasma autologue concentré en facteurs de croissance, souvent efficacité variable selon les études, intéressant dans les formes débutantes à modérées — coût : 2000-4000 MAD par séance, non remboursé.
Les infiltrations sous échographie ou radioscopie sont plus précises, garantissant le ciblage intra-articulaire correct.
07La chirurgie et la prothèse du genou#
La chirurgie est envisagée dans les formes évoluées résistantes au traitement médical bien conduit, avec retentissement fonctionnel majeur.
L'arthroscopie pour gonarthrose (lavage articulaire, débridement, résection ostéophytes) a perdu beaucoup d'indications — peu d'efficacité prouvée dans l'arthrose pure. Reste utile pour les lésions méniscales associées symptomatiques.
L'ostéotomie corrige une déformation axiale (genu varum ou valgum) chez les sujets jeunes (moins de 60 ans) avec arthrose unicompartimentale et déformation marquée. Elle préserve l'articulation native pour 10-20 ans avant de nécessiter éventuellement une prothèse. Hospitalisation 4-7 jours, immobilisation 6-8 semaines, rééducation 3-6 mois.
La prothèse uni-compartimentale (PUC) remplace uniquement le compartiment atteint (généralement fémoro-tibial interne). Indications précises : arthrose unicompartimentale isolée, ligaments croisés intacts, déformation modérée, patient pas trop jeune. Récupération plus rapide que la prothèse totale, conservation des ligaments naturels.
La prothèse totale du genou (PTG) est l'intervention de référence pour les arthroses évoluées tricompartimentales. Excellents résultats : amélioration spectaculaire de la douleur (90 % de patients très satisfaits), récupération d'un périmètre de marche normal, amélioration majeure de la qualité de vie. Hospitalisation 3-5 jours, rééducation post-opératoire intensive (3-6 mois pour la récupération complète). Durée de vie de la prothèse : 15-25 ans selon les modèles. Coût au Maroc : 40 000-80 000 MAD selon le centre et la prothèse, partiellement remboursé en ALD.
Plusieurs CHU et cliniques privées marocaines réalisent les prothèses du genou avec excellente expertise : CHU Ibn Sina à Rabat, CHU Ibn Rochd à Casablanca, CHU Mohammed VI à Marrakech, CHU Hassan II à Fès, et de nombreuses cliniques privées spécialisées en chirurgie orthopédique.
Les techniques modernes incluent la chirurgie assistée par ordinateur ou par robot (Mako, ROSA) qui améliorent la précision du positionnement de la prothèse, disponibles dans certains centres marocains.
La prévention de l'aggravation reste le pilier : maintien d'un poids santé, activité physique régulière adaptée (privilégier natation, vélo qui ménagent les genoux), éviter les sports à fort impact (course sur sol dur, sports de saut), prise en charge précoce des symptômes pour ne pas attendre les stades très évolués.
Foire aux questions
Questions fréquentes
1Quand faut-il envisager une prothèse du genou ?+
2Le sport est-il déconseillé en cas d'arthrose ?+
3Les compléments alimentaires (glucosamine, chondroïtine) sont-ils efficaces ?+
Vérifiable
Sources médicales
Révision médicale
Dr. Mohamed Tazi
Chirurgien orthopédiste, prothèses du genou
Cet article a été vérifié médicalement le 29 avril 2026 selon les standards Sahha (E-E-A-T santé, sources OMS / HAS / Inserm / Ministère de la Santé du Maroc).
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