En bref
Réponses rapides aux questions essentielles
- Quand les nouveaux prix des médicaments s'appliquent-ils ?
- Le décret n° 2.25.631 impose la révision de tous les prix dans les 12 mois suivant sa publication (6 août 2026), donc d'ici l'été 2027. Chaque nouveau prix est publié au Bulletin officiel puis appliqué en pharmacie dans un délai maximum…
- Quel est le prix actuel du Nexavar au Maroc ?
- Le Nexavar 200 mg (sorafénib, boîte de 60 comprimés) est passé de 18 759 à 10 700 dirhams (PPV officiel), soit une baisse de 43 %. Ses génériques Sorafenat et Sorafenib Pharmacare sont à 10 600 dirhams. Ces prix sont réglementés et ident…
- Tous les médicaments vont-ils baisser ?
- Non, pas uniformément. Les médicaments à prix fabricant supérieur à 300 DH seront alignés sur le prix le plus bas des pays de référence — c'est là que les baisses seront les plus fortes. Ceux à 300 DH ou moins seront calés sur la moyenne…
Sommaire (9)+
- 01L'essentiel en 30 secondes
- 02Le nouveau mécanisme de fixation des prix
- 03Les baisses déjà actées : anticancéreux en tête
- 04Le calendrier concret pour le patient
- 05Génériques et biosimilaires : la nouvelle règle
- 06Pénuries et remises négociées par l'État
- 07Ce que ça change pour le remboursement AMO
- 08Pourquoi les pharmaciens protestent
- 09Conseils pratiques pour payer moins cher
Le 6 août 2026, le Bulletin officiel a publié le décret n° 2.25.631 — la première réforme du mode de fixation des prix des médicaments au Maroc depuis treize ans. Derrière ce texte technique adopté le 23 juillet en Conseil de gouvernement se cache un changement concret pour des millions de patients : tous les médicaments commercialisés au Maroc verront leur prix réexaminé dans les douze prochains mois, avec des baisses attendues sur les traitements les plus chers — et notamment les anticancéreux, dont certains ont déjà vu leur prix fondre de plus de 40 %. Cet article explique ce que le décret change réellement, quels médicaments ont déjà baissé, à quelle échéance les nouveaux prix arriveront en pharmacie, et comment en profiter dès aujourd'hui.
01L'essentiel en 30 secondes#
Le décret n° 2.25.631 du 23 juillet 2026, publié au Bulletin officiel le 6 août, modifie le décret n° 2.13.852 de décembre 2013 qui régissait jusqu'ici les prix publics de vente des médicaments. Trois changements majeurs : les prix seront désormais révisés automatiquement tous les trois ans (contre cinq auparavant, et encore, de façon irrégulière) ; le mode de calcul s'appuie sur une comparaison internationale renforcée avec les pays de référence ; et un générique ou un biosimilaire ne pourra plus être vendu plus cher que son médicament de référence. Tous les médicaments actuellement commercialisés — princeps, génériques et biosimilaires — doivent être re-tarifés dans un délai de douze mois, et chaque nouveau prix s'applique au plus tard soixante jours après sa publication au Bulletin officiel. Les premières listes de baisses, publiées lors des vagues précédentes, ont déjà réduit le prix du Nexavar 200 mg de 18 759 à 10 700 dirhams.
Outil santéCalculer mon remboursement CNSS02Le nouveau mécanisme de fixation des prix#
Le cœur de la réforme est un mécanisme à deux vitesses, avec un seuil fixé à 300 dirhams de prix fabricant hors taxes (PFHT) — ce que la presse économique a résumé d'une formule : le décret « coupe le marché en deux ».
Pour les médicaments dont le prix fabricant dépasse 300 dirhams — c'est le cas des traitements innovants, des anticancéreux, des biothérapies —, le prix marocain sera aligné sur le PFHT le plus bas pratiqué dans les pays de référence retenus par la réglementation. Autrement dit, si un laboratoire vend le même médicament moins cher au Portugal, en Turquie ou en France, c'est ce prix plancher qui servira de base au tarif marocain. C'est le levier le plus puissant du texte : sur les médicaments chers, l'écart entre le prix marocain et le meilleur prix international pouvait atteindre du simple au double.
Pour les médicaments à 300 dirhams ou moins — l'immense majorité des boîtes vendues en officine —, le calcul retient la moyenne des prix fabricants pratiqués dans les pays de référence, un mécanisme moins agressif qui vise à préserver l'équilibre économique des produits à faible marge, dont dépendent la disponibilité locale et l'industrie pharmaceutique marocaine.
La deuxième innovation est la révision triennale automatique. Sous l'ancien régime de 2013, la révision quinquennale était restée largement théorique : des pans entiers du marché n'avaient jamais été réexaminés, et des médicaments dont le prix avait chuté partout dans le monde continuaient de se vendre au Maroc au tarif de leur lancement. Le nouveau texte impose un réexamen systématique tous les trois ans, sans que le ministère ait besoin d'ouvrir un dossier au cas par cas.
Le décret a été élaboré, selon le ministère de la Santé, en concertation avec la commission interministérielle des prix, l'Agence marocaine des médicaments et des produits de santé et le Conseil de la concurrence — même si les pharmaciens d'officine contestent vigoureusement cette version des faits, on y reviendra.
03Les baisses déjà actées : anticancéreux en tête#
Avant même ce décret, plusieurs vagues de baisses ciblées ont été publiées au Bulletin officiel depuis 2025, avec un accent mis sur l'oncologie — des traitements dont le coût mensuel dépassait le salaire annuel de nombreux ménages marocains.
La baisse la plus spectaculaire concerne le Nexavar 200 mg (sorafénib), indiqué dans le carcinome hépatocellulaire et le cancer du rein avancé : son prix public est passé de 18 759 à 10 700 dirhams la boîte de 60 comprimés, soit une réduction de 43 %. Ses génériques suivent la même trajectoire — Sorafenat et Sorafenib Pharmacare s'affichent à 10 600 dirhams. Le Tarceva 150 mg (erlotinib), utilisé dans le cancer du poumon, a chuté de 17 885 à 9 451 dirhams (−47 %). L'Afinitor (évérolimus), prescrit dans certaines tumeurs neuroendocrines, est passé de 16 280 à 11 832 dirhams. Le Stivarga 40 mg (régorafénib), traitement du cancer colorectal, a été ramené de 28 639 à 26 806 dirhams. Même les molécules anciennes ont été concernées : la doxorubicine, pilier de la chimiothérapie du cancer du sein, a vu son prix ajusté à la baisse.
Ces chiffres appellent une précision importante : ce sont les prix publics de vente officiels (PPV), ceux affichés en pharmacie. Pour un patient pris en charge en affection de longue durée (ALD), le reste à charge dépend de son régime d'assurance — mais un prix de référence plus bas signifie mécaniquement un remboursement qui couvre une part plus grande du traitement, et un reste à charge réduit pour tout ce qui n'est pas couvert à 100 %. Vous pouvez vérifier le prix officiel actualisé de n'importe quel médicament sur la base médicaments Sahha, mise à jour à chaque publication de liste.
04Le calendrier concret pour le patient#
Le décret fixe un calendrier précis, et c'est probablement l'information la plus utile à retenir. Les titulaires d'autorisations de mise sur le marché disposent de douze mois à compter de la publication du texte — donc jusqu'à l'été 2027 — pour que l'ensemble des prix soit révisé selon les nouvelles règles. Chaque décision de prix révisé est ensuite publiée au Bulletin officiel, et le nouveau tarif doit être appliqué en pharmacie au plus tard soixante jours après cette publication.
Concrètement, il ne faut donc pas s'attendre à une baisse générale du jour au lendemain : les nouveaux prix arriveront par vagues successives, liste après liste, tout au long des douze prochains mois. Les premières décisions issues du nouveau mécanisme devraient toucher en priorité les médicaments à fort impact financier — là où l'écart avec les prix internationaux est le plus flagrant. Pour le patient, cela signifie qu'un traitement chronique acheté chaque mois peut changer de prix en cours d'année : le ticket affiché en officine fait foi, et il est légitime de demander au pharmacien si une révision a été publiée pour votre médicament.
05Génériques et biosimilaires : la nouvelle règle#
Une disposition du décret est passée relativement inaperçue alors qu'elle corrige une anomalie bien connue des pharmaciens : après révision, un générique ou un biosimilaire ne peut plus être commercialisé à un prix public supérieur à celui de son médicament de référence. Le cas s'était produit — un princeps dont le prix avait été révisé à la baisse se retrouvait moins cher que ses propres copies, vidant de son sens l'incitation au générique.
La règle rétablit la hiérarchie logique : le générique reste, par construction, l'option la moins chère ou au pire équivalente. C'est un point d'attention réel pour le portefeuille : au Maroc, le taux de pénétration des génériques progresse mais reste inférieur à celui des marchés européens, souvent par simple méconnaissance. Demander systématiquement au pharmacien s'il existe un générique — il a le droit de substitution dans la plupart des cas — reste l'un des moyens les plus simples de réduire une facture de pharmacie.
06Pénuries et remises négociées par l'État#
Le texte ne se limite pas aux prix. Il introduit un mécanisme de prévention des pénuries — une réponse directe aux ruptures à répétition qui ont marqué les dernières années, de l'Ozempic aux antibiotiques pédiatriques. Le dispositif encadre les obligations des titulaires d'AMM sur la continuité d'approvisionnement du marché national.
Autre nouveauté structurante, précisée mi-août : l'État pourra désormais négocier directement des remises avec les laboratoires sur les médicaments à fort impact financier pour les régimes d'assurance maladie. Ce mécanisme, courant en Europe (c'est le principe des accords prix-volume français), permet de faire baisser le coût réel supporté par l'AMO sans toucher au prix facial affiché — un levier supplémentaire pour la soutenabilité de la généralisation de la couverture médicale.
07Ce que ça change pour le remboursement AMO#
Le remboursement d'un médicament par la CNSS ou la CNOPS se calcule sur la base d'un prix de référence — généralement celui du générique le moins cher lorsque des copies existent. La révision générale des prix a donc un double effet : elle abaisse le montant que vous avancez en pharmacie, et elle resserre l'écart entre le prix payé et la base de remboursement, réduisant le reste à charge sur les médicaments dont le prix était déconnecté de leur base.
Pour les traitements d'affections de longue durée pris en charge à 100 % de la tarification nationale de référence, la baisse des prix profite d'abord aux caisses — mais c'est précisément ce qui conditionne l'élargissement des paniers de soins. Pour tout le détail des taux (CNSS 70 %, CNOPS 80 %, ALD 100 %) et du tiers payant, notre guide dédié au remboursement des médicaments fait le point, et le simulateur de remboursement CNSS vous donne une estimation en quelques secondes.
08Pourquoi les pharmaciens protestent#
L'adoption du décret ne s'est pas faite dans le consensus. La Confédération des syndicats des pharmaciens du Maroc a dit avoir appris l'adoption du texte « avec regret et surprise », dénonçant des observations et propositions « totalement ignorées » et un passage en force du ministère. Le grief de fond : la marge de l'officine est assise sur le prix public — chaque baisse de prix comprime mécaniquement le revenu des 12 000 pharmacies du pays, dont une partie, en zone rurale ou en quartier populaire, opère déjà à l'équilibre. Les syndicats réclamaient une réforme parallèle du mode de rémunération (honoraire de dispensation fixe, découplé du prix), qui n'a pas été retenue dans ce texte.
Le débat n'est pas anecdotique pour le patient : un réseau officinal fragilisé, ce sont des gardes moins bien assurées et des zones sous-couvertes. La réforme des prix appelle probablement, à terme, une réforme de la rémunération officinale — le dossier reste ouvert.
09Conseils pratiques pour payer moins cher#
En attendant le déploiement complet des nouveaux prix, trois réflexes simples font une vraie différence. D'abord, vérifiez le prix officiel de votre médicament sur la base Sahha avant de passer en pharmacie : le PPV est un prix réglementé, identique dans toutes les officines du royaume — si on vous facture plus cher, c'est une anomalie. Ensuite, demandez le générique : sur la plupart des ordonnances, le pharmacien peut substituer, et la nouvelle règle du décret garantit que le générique ne sera jamais plus cher que le princeps. Enfin, pour les traitements coûteux au long cours, parlez de la révision des prix à votre médecin ou votre pharmacien lors du renouvellement : si une baisse a été publiée pour votre molécule, elle s'applique dans les soixante jours — inutile de sur-stocker des boîtes au prix ancien.
Les patients sous traitement oncologique, eux, ont tout intérêt à faire le point avec leur oncologue référent : entre les baisses déjà actées sur le sorafénib, l'erlotinib ou l'évérolimus et les remises que l'État peut désormais négocier, le paysage financier d'un protocole peut avoir sensiblement changé depuis sa prescription initiale.
Foire aux questions
Questions fréquentes
1Quand les nouveaux prix des médicaments s'appliquent-ils ?+
2Quel est le prix actuel du Nexavar au Maroc ?+
3Tous les médicaments vont-ils baisser ?+
4Un générique peut-il être plus cher que le médicament original ?+
5La baisse des prix change-t-elle mon remboursement CNSS ou CNOPS ?+
Vérifiable
Sources médicales
- 01Bulletin officiel — décret n° 2.25.631 du 23 juillet 2026 (publication du 6 août 2026)
- 02Le Matin — Prix des médicaments : le Maroc revoit les règles et introduit un mécanisme contre les pénuries
- 03Le Desk — Le décret coupe le marché en deux à 300 dirhams
- 04Le Desk — L'État pourra négocier des remises sur les médicaments à fort impact financier
- 05Telquel — Médicaments : ce que change le décret sur la fixation des prix
- 06Telquel — La Confédération des syndicats des pharmaciens dénonce l'adoption du décret
- 07Le Matin — Importantes baisses des prix des médicaments (anticancéreux, listes précédentes)
- 08Aujourd'hui le Maroc — Le ministère de la Santé baisse le prix de 27 médicaments
Révision médicale
Dr. Karim Bennani
Pharmacien d'officine, 18 ans d'expérience
Cet article a été vérifié médicalement le 17 août 2026 selon les standards Sahha (E-E-A-T santé, sources OMS / HAS / Inserm / Ministère de la Santé du Maroc).
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