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01Coliques du nourrisson : qu'est-ce que c'est#
Les coliques du nourrisson constituent l'un des motifs de consultation les plus fréquents en pédiatrie, particulièrement entre la naissance et le 4e mois de vie. Elles se définissent par des épisodes de pleurs intenses, prolongés et inexpliqués chez un nourrisson par ailleurs en bonne santé, qui prend correctement du poids et présente un examen clinique normal. Les critères de Rome IV, internationalement reconnus, retiennent le diagnostic devant des pleurs survenant sans cause apparente, durant plus de trois heures par jour, plus de trois jours par semaine, sur une période d'au moins une semaine, chez un enfant qui se développe normalement.
Au Maroc comme dans le monde entier, environ 15 à 25 % des nourrissons présentent des coliques. Elles débutent généralement vers la deuxième ou troisième semaine de vie, atteignent leur pic d'intensité autour de la sixième semaine, puis disparaissent spontanément vers le troisième ou quatrième mois. Bien que totalement bénignes sur le plan médical, elles éprouvent considérablement les parents, perturbent le sommeil familial et constituent une cause importante de désarroi parental, parfois même de risques de maltraitance par épuisement quand elles ne sont pas comprises et accompagnées.
02Tableau clinique typique#
Les pleurs des coliques surviennent typiquement en fin de journée ou en soirée, entre 17h et 22h, ce qui leur a valu le nom anglais de « witching hour ». Le bébé pleure de manière paroxystique, souvent en hurlant, avec un visage rouge, des poings serrés, des jambes ramenées sur le ventre, le dos arqué. Les pleurs sont difficiles à calmer, résistent aux gestes habituels qui d'ordinaire apaisent l'enfant, et donnent l'impression d'une douleur abdominale intense. L'épisode peut durer de quelques minutes à plusieurs heures, puis s'arrête aussi brutalement qu'il est apparu, laissant le bébé épuisé mais redevenant calme et tonique entre deux crises.
Entre les épisodes, l'enfant présente un comportement parfaitement normal : alimentation correcte, prise de poids satisfaisante, sommeil possible, contact visuel et social préservé. C'est précisément cette normalité entre les crises qui distingue les coliques bénignes d'une vraie pathologie. Une éructation excessive, des gaz et parfois une distension abdominale modérée peuvent accompagner les pleurs, sans pour autant en être systématiquement la cause.
03Causes et hypothèses#
L'origine exacte des coliques reste imparfaitement comprise, malgré des décennies de recherche. Plusieurs hypothèses se complètent. L'immaturité du système digestif joue probablement un rôle central : le tube digestif du nouveau-né est en cours d'adaptation, le microbiote intestinal s'établit progressivement, la motricité digestive et la production d'enzymes ne sont pas encore optimales. Cette immaturité favorise les fermentations, la production de gaz et des spasmes douloureux. Le déséquilibre du microbiote intestinal, particulièrement chez les bébés nés par césarienne ou exposés précocement aux antibiotiques, est une piste solide étayée par l'efficacité partielle des probiotiques.
D'autres facteurs contribuent. L'aérophagie excessive lors des biberons mal donnés ou des tétées avec mauvaise prise du sein, l'allergie aux protéines de lait de vache (qui peut mimer parfaitement des coliques), une intolérance temporaire au lactose, l'hyperstimulation sensorielle en fin de journée, ou simplement une sensibilité accrue aux stimulations intestinales banales sont régulièrement évoqués. La théorie ancienne d'un lien avec l'anxiété maternelle a été largement nuancée : si l'anxiété parentale peut accentuer la perception des pleurs, elle n'en est pas la cause principale. Les coliques surviennent dans toutes les configurations familiales, quel que soit le tempérament des parents.
04Diagnostic d'exclusion#
Le diagnostic de coliques est essentiellement clinique et reste un diagnostic d'exclusion. L'examen pédiatrique doit être minutieux pour éliminer les causes sérieuses de pleurs : otite (palpation des tympans, otoscopie), reflux gastro-œsophagien pathologique avec œsophagite, allergie aux protéines de lait de vache, fissure anale, hernie inguinale étranglée, infection urinaire fébrile parfois discrète, érosion cornéenne par cheveu enroulé, fracture des os longs après chute (signalement à toujours envisager devant un tableau atypique). L'évaluation de la courbe de poids et du développement psychomoteur fournit des arguments rassurants quand ces paramètres sont normaux.
Aucun examen complémentaire n'est nécessaire dans les coliques typiques. Lorsqu'une APLV est suspectée — pleurs particulièrement intenses, eczéma associé, antécédents familiaux d'allergie, sang dans les selles, mauvaise prise pondérale —, un essai d'éviction des protéines de lait de vache pendant 2 à 4 semaines (régime maternel sans lait pour les bébés allaités, lait hydrolysé pour les bébés au biberon) constitue le test diagnostique de choix.
05Mesures non médicamenteuses#
L'accompagnement parental est la pierre angulaire du traitement. Plusieurs gestes simples ont prouvé leur utilité dans la majorité des cas. Tenir le bébé contre soi, en position ventrale sur l'avant-bras (« position de l'avion »), avec le ventre en contact avec la chaleur de l'avant-bras adulte, calme souvent les coliques. Le portage en écharpe pendant les heures à risque permet de combiner contact, chaleur et mouvement, trois facteurs apaisants. Le bercement régulier dans les bras ou en transat à mouvement automatique, le bain tiède en début de crise, le contact peau à peau prolongé, ou simplement la promenade en poussette dans le quartier sont autant d'options à essayer.
Le bruit blanc, qui imite les sons intra-utérins, calme efficacement de nombreux nourrissons : aspirateur qui tourne, sèche-cheveux à distance, applications smartphone dédiées (« white noise », « bruit blanc »). La technique des « cinq S » du Dr Karp (Swaddle pour emmaillotage, Side pour position latérale, Shush pour bruit blanc, Swing pour balancement, Suck pour succion non nutritive) résume bien les principes apaisants. Adapter la prise du sein ou la tétine du biberon pour limiter l'aérophagie, faire roter régulièrement, et fractionner les repas peuvent également aider.
06Probiotiques et autres traitements#
Les probiotiques contenant Lactobacillus reuteri DSM 17938 ont montré une efficacité significative dans plusieurs études internationales, particulièrement chez les bébés allaités. Une dose quotidienne de 5 gouttes (108 UFC) pendant 21 à 28 jours réduit de 50 à 60 % le temps total de pleurs chez les nourrissons coliquetiques. Ces probiotiques sont disponibles au Maroc en pharmacie (Biogaia Protectis, Lactiplus, Prebiogen) à un coût de 150 à 300 MAD le flacon, sur prescription pédiatrique ou conseil pharmacien. La tolérance est excellente, sans effets secondaires connus.
Les autres traitements médicamenteux ont une efficacité plus discutable. La siméticone, anti-mousse digestive, est largement prescrite mais les études n'ont pas démontré de bénéfice supérieur au placebo. Les antispasmodiques digestifs (phloroglucinol, trimebutine) ne sont pas recommandés systématiquement chez le nourrisson de moins de 3 mois. Les fenouil et autres tisanes traditionnelles (souvent utilisées au Maroc dans la culture familiale) n'ont pas démontré d'efficacité scientifique et exposent à des risques de surdosage chez les très jeunes nourrissons. Les médicaments homéopathiques n'ont pas fait la preuve de leur efficacité au-delà du placebo, mais sont parfois proposés en complément.
07Soutien parental et perspective#
L'accompagnement des parents revêt une importance cruciale. La compréhension du caractère bénin et autolimité des coliques, la déculpabilisation, le partage des nuits difficiles entre les deux parents quand c'est possible, le soutien de l'entourage et le repos compensateur sont essentiels pour éviter l'épuisement. Les groupes de paroles entre jeunes parents, les associations marocaines de soutien à la parentalité et les consultations de pédiatrie comportementale peuvent apporter un appui précieux.
Lorsque l'épuisement parental devient majeur — pensées négatives envers le bébé, sensation de ne plus pouvoir tenir, conflits conjugaux exacerbés —, ne jamais hésiter à confier le bébé quelques heures à un proche de confiance, ou à consulter en urgence le pédiatre. La règle absolue : ne jamais secouer un bébé, même quelques secondes, en cas d'exaspération. Le syndrome du bébé secoué (TBI inflicted) est responsable au Maroc comme ailleurs de séquelles neurologiques irréversibles, voire de décès, dans des contextes presque toujours liés à l'exaspération face aux pleurs. Si vous sentez monter cette exaspération, posez le bébé dans son lit en sécurité et éloignez-vous quelques minutes pour vous calmer.
Le pronostic est excellent. Les coliques disparaissent spontanément vers 3-4 mois dans la quasi-totalité des cas. Aucune séquelle digestive ou comportementale n'est associée. La période est éprouvante mais transitoire, et le souvenir de ces semaines difficiles s'estompe rapidement avec l'arrivée des sourires sociaux et de l'apaisement progressif du bébé.
Foire aux questions
Questions fréquentes
1Mon bébé pleure plus de 3 heures par jour, est-ce normal ?+
2Le BioGaia (L. reuteri) est-il vraiment efficace ?+
3Mon bébé a-t-il une allergie aux protéines de lait de vache ?+
Vérifiable
Sources médicales
Révision médicale
Dr. Nadia Sebbar
Pédiatre
Cet article a été vérifié médicalement le 29 avril 2026 selon les standards Sahha (E-E-A-T santé, sources OMS / HAS / Inserm / Ministère de la Santé du Maroc).
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