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01Pourquoi vacciner ?#
La vaccination est l'une des avancées médicales les plus importantes de l'histoire de l'humanité, sauvant 2-3 millions de vies par an dans le monde. Elle a permis l'éradication de la variole (1980), l'élimination de la poliomyélite dans la majorité des pays, et un contrôle massif d'autres maladies infectieuses graves (rougeole, tétanos, diphtérie, coqueluche).
Le principe de la vaccination : présenter à l'organisme un antigène inactivé ou atténué (ou des fragments) afin de stimuler une réponse immunitaire mémorielle, sans provoquer la maladie. Lors d'une exposition ultérieure au pathogène réel, le système immunitaire reconnaît rapidement l'antigène et neutralise l'infection avant son développement.
La vaccination protège individuellement (l'enfant vacciné) mais aussi collectivement par l'immunité de groupe (« herd immunity ») : quand une proportion suffisante de la population est vaccinée (typiquement 90-95 % pour la rougeole, par exemple), les pathogènes ne circulent plus efficacement, protégeant aussi ceux qui ne peuvent pas être vaccinés (nourrissons trop jeunes, immunodéprimés, allergies vaccinales rares).
Au Maroc, le Programme National d'Immunisation (PNI) mis en place dans les années 1980 a obtenu des résultats remarquables : la mortalité infantile due aux maladies évitables par la vaccination a chuté de plus de 90 %. La couverture vaccinale des nourrissons est globalement bonne (> 90 % pour la plupart des vaccins du PNI), grâce au réseau dense de centres de santé et à la gratuité du programme.
Néanmoins, des défis persistent : poches de sous-vaccination dans certaines zones rurales reculées, hésitation vaccinale croissante en milieu urbain (sous l'influence des réseaux sociaux), retards dans certaines vaccinations adolescentes (HPV).
Le calendrier vaccinal marocain protège les enfants contre tuberculose, hépatite B, poliomyélite, diphtérie, tétanos, coqueluche, infections à Haemophilus influenzae type b, rougeole, oreillons, rubéole, infections à pneumocoque, infections à rotavirus, et plus récemment les infections à HPV (filles).
02Le calendrier vaccinal marocain#
Le calendrier vaccinal marocain est révisé périodiquement par le Ministère de la Santé. Voici la version actuelle (2026) :
| Âge | Vaccins |
|---|---|
| Naissance | BCG + Hépatite B (HB1) + Polio oral (VPO0) |
| 6 semaines | Pentavalent (DTC-HepB-Hib) 1 + VPO1 + VPI1 + Pneumocoque (PCV13) 1 + Rotavirus 1 |
| 10 semaines | Pentavalent 2 + VPO2 + Pneumocoque 2 + Rotavirus 2 |
| 14 semaines | Pentavalent 3 + VPO3 + VPI2 + Pneumocoque 3 |
| 9 mois | ROR 1 (Rougeole-Oreillons-Rubéole) |
| 18 mois | DTC-Polio rappel + ROR 2 |
| 6 ans | DT-Polio rappel |
| 11-13 ans | HPV (jeunes filles, 2 doses) |
| Tous les 10 ans | Rappels DTP-Coqueluche (adulte) |
Les Protège contre les formes graves de tuberculose (méningite tuberculeuse, miliaire) chez le nourrisson. Vaccin vivant atténué, injection intradermique au bras gauche. Trois doses (naissance, 6 semaines, 14 semaines pour la primo-vaccination). Protège contre l'hépatite B chronique et ses complications (cirrhose, cancer du foie). Combinaison protégeant contre 5 maladies : Diphtérie, Tétanos, Coqueluche (composante acellulaire), Hépatite B (rappels), Haemophilus influenzae type b (méningites, épiglottites). Protège contre la poliomyélite. Le VPO (oral, vivant atténué) et le VPI (injectable, inactivé) sont utilisés en combinaison.
Protège contre 13 sérotypes de pneumocoque, responsables de méningites, pneumonies, otites, septicémies. Trois doses (6, 10, 14 semaines). Vaccin oral, prévient la gastro-entérite sévère à rotavirus chez le nourrisson. 2 ou 3 doses selon le vaccin (généralement 2 au Maroc). Vaccin combiné vivant atténué. Deux doses (9 mois et 18 mois) pour une protection durable.
Prévention du cancer du col de l'utérus (et autres cancers HPV-induits). Inscrit au calendrier marocain en 2022 pour les jeunes filles de 11-13 ans, 2 doses (0 et 6 mois). Étendue progressivement aux garçons dans plusieurs pays.
Vaccins recommandés mais non systématiques au PNI marocain (selon disponibilité et indications individuelles) : Pentavalent + Polio inactivé combinés en 1 injection (utilisé dans certains centres privés). Méningocoque (ACWY ou B) : recommandé dans certaines indications (déficit immunitaire, voyage) et disponible en privé, parfois recommandé, ainsi que selon contexte — dès 6 mois pour les enfants à risque, selon recommandations actualisées et contexte.
Au Maroc, les vaccins du PNI sont gratuits dans tous les centres de santé publics (dispensaires, centres de santé urbains et ruraux). Les vaccins additionnels (hexavalent, varicelle, hépatite A) sont disponibles en pharmacie sur prescription et administrés en cabinet privé, à des prix variables (300-1500 MAD selon les vaccins).
03Vaccins à la naissance#
À la naissance, trois vaccins sont administrés en maternité ou dans les premiers jours :
Injection intradermique au bras gauche. Réaction locale typique : petite induration rouge se transformant progressivement en vésicule, puis en croûte qui tombe en 6-8 semaines, laissant une cicatrice caractéristique — c'est normal et signe la prise du vaccin et pas de soin particulier (ne pas appliquer d'antiseptique, laisser à l'air libre).
Indispensable pour prévenir la transmission mère-enfant en cas de mère porteuse du VHB, au Maroc, intégré au calendrier néonatal universel — injection intramusculaire à la cuisse. 2 gouttes administrées par voie orale. Ces vaccins sont administrés dans les maternités publiques et privées au Maroc, parfois dans les premiers jours suivant la sortie de maternité.
Si la mère est porteuse de l'AgHBs (hépatite B), le nouveau-né reçoit en plus des immunoglobulines anti-HBs dans les 12 heures suivant la naissance, ainsi que la première dose de vaccin. Cette stratégie réduit la transmission de 90 %.
BCG contre-indiqué chez le nouveau-né immunodéprimé (VIH non contrôlé chez la mère, déficit immunitaire combiné sévère). Reporter en cas d'infection sévère active.
04Vaccins du nourrisson (2-12 mois)#
Première vaccination « complète ». L'âge minimum pour démarrer la primo-vaccination du PNI. Injection intramusculaire à la cuisse et 2 gouttes, ainsi que injection intramusculaire (cuisse opposée ou bras), injection intramusculaire, voie orale.
Cela représente plusieurs injections en une seule consultation, ce qui peut sembler beaucoup mais reste sécuritaire et bien toléré. Les injections multiples le même jour ne réduisent pas l'efficacité ni n'augmentent significativement les effets indésirables.
2e dose Pentavalent + VPO2 + Pneumocoque 2 + Rotavirus 2. 3e dose Pentavalent + VPO3 + VPI2 + Pneumocoque 3. Ces 3 doses (6-10-14 semaines) constituent la primo-vaccination du nourrisson, fondement de l'immunité.
ROR dose 1 (Rougeole-Oreillons-Rubéole), ainsi que la rougeole est l'une des maladies les plus contagieuses connues, une couverture > 95 % est nécessaire pour bloquer sa circulation. Au Maroc, des épidémies de rougeole surviennent encore périodiquement dans les zones de sous-vaccination.
Effets après vaccination chez le nourrisson :
Douleur, rougeur, induration au point d'injection (24-72h). Fièvre modérée 38-38,5°C (24-48h après vaccination injectable, 5-12 jours après ROR — phénomène attendu), ainsi que pleurs, irritabilité — somnolence ou agitation transitoires et gonflement local, parfois durable (granulome non grave).
Grosses réactions locales, fièvre élevée, réactions allergiques (prurit, urticaire, exceptionnellement anaphylaxie).
Paracétamol au poids (15 mg/kg toutes les 6 heures), surveillance, hydratation, vêtements légers. Ne pas donner d'antipyrétique préventivement avant la vaccination — réduit légèrement l'efficacité immunitaire.
La consultation vaccinale est l'occasion de vérifier la croissance staturo-pondérale, le développement psychomoteur, l'alimentation, le sommeil.
05Rappels : 18 mois et 6 ans#
Rappel essentiel.
DTC-Polio rappel (forme combinée DTaP-Polio) : maintien de l'immunité contre diphtérie, tétanos, coqueluche, poliomyélite, la deuxième dose est essentielle pour assurer l'immunité durable contre rougeole, oreillons, rubéole. Sans la 2e dose, environ 10 % des enfants restent non protégés contre la rougeole.
Cette consultation est aussi l'occasion d'évaluer le développement de l'enfant : marche, langage (premiers mots, association de 2 mots vers 18-24 mois), comportement, alimentation diversifiée. Rappel DT-Polio (Diphtérie-Tétanos-Polio). Maintien de l'immunité avant l'entrée à l'école obligatoire et la fréquentation collective. En complément, les visites médicales scolaires obligatoires permettent de vérifier la mise à jour du carnet vaccinal.
Enfant vaccination en retard : rattrapage possible à tout âge, selon des schémas adaptés. Ne jamais hésiter à consulter un pédiatre pour mettre à jour un calendrier en retard. Voyageurs : vaccinations supplémentaires selon destination (fièvre jaune, méningocoque ACWY, hépatite A, typhoïde) à anticiper plusieurs semaines avant le départ. Enfants à risque : vaccinations renforcées (méningocoque, grippe annuelle, pneumocoque polyosidique) selon comorbidités.
06Vaccination de l'adolescent#
L'adolescence est une période où la couverture vaccinale chute souvent. Plusieurs vaccinations importantes sont prévues à cet âge.
Le vaccin contre le HPV prévient les cancers liés au HPV : col de l'utérus principalement (2e cancer chez la femme au Maroc), mais aussi cancers de l'anus, du vagin, de la vulve, du pénis, de la sphère ORL.
Au Maroc, vaccination gratuite des jeunes filles de 11-13 ans depuis 2022 dans le cadre du PNI : 2 doses à 6 mois d'intervalle. Plusieurs pays étendent progressivement aux garçons (qui peuvent transmettre le virus et développer des cancers HPV-induits).
Cervarix (bivalent), Gardasil (quadrivalent), Gardasil 9 (nonavalent — couvre 9 sérotypes HPV, le plus complet). Au Maroc, le PNI utilise le bivalent gratuit pour les filles ; les autres vaccins sont disponibles en pharmacie en privé (1500-3000 MAD/dose).
La vaccination HPV doit idéalement être faite avant le premier rapport sexuel, donc à l'adolescence. Mais le rattrapage est possible jusqu'à 26 ans (parfois plus tard selon contexte).
Hésitation vaccinale sur le HPV : certains parents craignent (à tort) que la vaccination encourage des rapports précoces, ou redoutent des effets secondaires. Études sur des dizaines de millions de doses : excellent profil de tolérance, aucun effet sur le comportement sexuel, réduction démontrée de 80-90 % des lésions précancéreuses du col.
Vaccin contre 4 sérogroupes méningococciques (A, C, W, Y). Recommandé chez l'adolescent dans plusieurs pays. Au Maroc, pas systématique au PNI mais recommandé chez :
Voyageurs vers zones d'endémie (pèlerins du Hajj, voyageurs en Afrique sub-saharienne « ceinture méningitique »), ainsi que contacts d'un cas ; déficits immunitaires (asplénie, déficits du complément), collectivités scolaires touchées par un cas.
Le méningocoque B dispose aussi d'un vaccin spécifique, recommandé dans certaines situations (rare au Maroc).
À l'adolescence (11-13 ans) ou adulte jeune (25 ans) : rappel diphtérie-tétanos-polio + coqueluche (forme acellulaire, mieux tolérée). Importance : la coqueluche chez l'adulte est souvent atypique (toux chronique) mais transmise aux nourrissons non encore vaccinés (« cocoon strategy » — vacciner l'entourage des nouveaux-nés).
Rattrapage si non fait à la naissance. Recommandée chez l'adolescent qui n'a jamais eu la varicelle (la maladie est plus grave chez l'adulte). Recommandée chaque automne, particulièrement chez les jeunes avec comorbidités (asthme, diabète, etc.).
07Effets indésirables et hésitation#
Les vaccins sont parmi les médicaments les plus étudiés et les plus sûrs au monde. Mais comme tout médicament, ils peuvent avoir des effets indésirables. Douleur, rougeur, induration au point d'injection ; fièvre modérée, ainsi que irritabilité, fatigue, perte d'appétit transitoires et céphalées chez l'enfant plus grand. Nausées, douleurs musculaires. Grosses réactions locales (œdème étendu), souvent fièvre élevée, parfois convulsions fébriles (rares, sans séquelle), ainsi que réactions allergiques (urticaire, prurit).
1 cas pour 1 million de doses, souvent c'est pour cela que la surveillance 15-30 minutes après vaccination est recommandée, parfois thrombocytopénie immune (ROR) : extrêmement rare, transitoire, syndrome de Guillain-Barré (rare, controversé pour certains vaccins).
FAUX. L'étude originale de Wakefield (1998) a été rétractée pour fraude. Plusieurs études sur plusieurs millions d'enfants n'ont retrouvé aucun lien entre vaccins (notamment ROR) et autisme. Wakefield a été radié de l'Ordre des médecins.
« Les vaccins surchargent le système immunitaire de l'enfant » : FAUX. Le système immunitaire d'un nourrisson est confronté à des milliers d'antigènes par jour dans son environnement (alimentation, peau, microbiote). Les antigènes vaccinaux sont infinitésimaux à côté.
« Les maladies n'existent plus, donc plus besoin de vacciner » : FAUX. Les maladies n'ont pas disparu, elles sont contrôlées par la vaccination. La baisse de couverture entraîne des rougeole en France et États-Unis ces dernières années, retour de la diphtérie en Russie dans les années 1990, etc.
FAUX et dangereux. L'immunité naturelle a un coût : la maladie, avec ses risques de complications graves (pneumonie, encéphalite, méningite, décès). La vaccination obtient une immunité comparable sans risque de la maladie.
« Les vaccins contiennent des produits toxiques » : FAUX dans les concentrations utilisées. Les adjuvants (aluminium en faible dose) sont essentiels à l'efficacité et présents dans des quantités infiniment inférieures aux doses toxiques. Le mercure (thiomersal) a été retiré de la majorité des vaccins pédiatriques par précaution malgré l'absence de toxicité démontrée aux doses utilisées.
L'hésitation vaccinale est un phénomène multifactoriel : peur, désinformation, méconnaissance, méfiance des institutions. La information rigoureuse, écoute, dialogue, accès aux sources scientifiques fiables. Le médecin traitant, le pédiatre, sont les premiers interlocuteurs.
Au Maroc, plusieurs études ont documenté une hésitation vaccinale modérée mais croissante en milieu urbain, particulièrement après la pandémie COVID. Les autorités sanitaires et les professionnels travaillent à la communication et à la transparence sur les vaccins.
08Centres et ressources au Maroc#
Tous les centres de santé (dispensaires) du réseau national assurent les vaccinations du PNI gratuitement, souvent présents dans toutes les villes et villages du Maroc, calendrier précis affiché, ainsi que Carnet de santé délivré et mis à jour à chaque visite.
Les maternités assurent les vaccins néonatals (BCG, HB1, VPO0).
Assurent vaccinations PNI (parfois sur fourniture des vaccins par le patient ou via Wifak, Souad, etc.) et vaccins additionnels, ainsi que consultation pédiatrique 200-500 MAD au Maroc ; sahha.ma référence des pédiatres vérifiés.
Peuvent administrer la plupart des vaccinations. Vente des vaccins additionnels sur prescription. Conservation à respecter (chaîne du froid). Visites médicales avec contrôle du carnet vaccinal et rattrapages éventuels. Pour les vaccinations adolescentes et adultes.
Centres de vaccinations internationales (CVI) à Casablanca, Rabat, et autres grandes villes (fièvre jaune obligatoire pour certaines destinations africaines, méningocoque ACWY pour le Hajj, hépatite A, typhoïde, rage, encéphalite japonaise selon destinations).
Le carnet de santé marocain est l'outil central : consigne toutes les vaccinations, la croissance, les antécédents médicaux. À conserver précieusement et à apporter à chaque consultation. Initiative en cours au Maroc pour un carnet de santé numérique national, simplifiant le suivi. Plusieurs apps internationales (Vaccine Tracker, Vaccinations app) permettent de suivre le calendrier de son enfant et de recevoir des rappels. Quelques apps marocaines en développement.
Tout doute, retard, ou question sur la vaccination doit conduire à consulter un médecin (pédiatre, médecin traitant) ou à se rendre dans un centre de santé, mieux vaut demander que se priver d'une protection vitale par méconnaissance.
Sahha.ma propose dans ses ressources :
Calendrier vaccinal marocain à jour, souvent localisation des centres de santé proches, ainsi que prise de rendez-vous en téléconsultation pédiatrique pour conseils ; articles d'éducation thérapeutique sur chaque vaccin.
La vaccination est un acte de protection individuelle ET collective. Vacciner son enfant, c'est le protéger lui-même mais aussi protéger les autres enfants (nouveau-nés trop jeunes pour être vaccinés, immunodéprimés). C'est l'un des plus beaux exemples de solidarité sanitaire. Le Maroc, avec son PNI gratuit et accessible, dispose d'un atout majeur — encore faut-il que toutes les familles en bénéficient pleinement.
Foire aux questions
Questions fréquentes
1Le vaccin ROR cause-t-il l'autisme ?+
2Que faire si mon enfant a fièvre après vaccination ?+
3Si mon enfant est en retard sur ses vaccins, peut-on rattraper ?+
Vérifiable
Sources médicales
Révision médicale
Dr. Salima Benkacem
Pédiatre
Cet article a été vérifié médicalement le 29 avril 2026 selon les standards Sahha (E-E-A-T santé, sources OMS / HAS / Inserm / Ministère de la Santé du Maroc).
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