Sommaire (10)+
01Mycose, vaginose, trichomonase : trois infections, trois traitements#
Article relu et validé par le Dr Hayat Bennis, gynécologue obstétricienne (Clinique Annakhil, Casablanca — 19 ans d'expérience). Contenu informatif, ne remplace pas une consultation médicale.
Les infections vaginales comptent parmi les motifs de consultation gynécologique les plus fréquents au Maroc. Près de trois femmes sur quatre développeront au moins un épisode de vaginite au cours de leur vie. La confusion entre mycose, vaginose bactérienne et trichomonase explique une grande partie des échecs thérapeutiques.
La candidose vulvo-vaginale (mycose) est provoquée dans 85-90 % des cas par Candida albicans. Symptômes : démangeaisons intimes intenses, brûlures, pertes blanches épaisses comparées à du « lait caillé », sans odeur. Traitement : antifongiques azolés locaux — éconazole, miconazole, fenticonazole.
La vaginose bactérienne est un déséquilibre de la flore vaginale, pas une IST stricte. Chute des lactobacilles de Döderlein au profit de Gardnerella vaginalis. Pertes grises/jaunâtres, fluides, odeur de poisson avarié intensifiée après rapport. Démangeaisons rares. Prévalence mondiale 23-29 %. Traitement de référence : métronidazole (Flagyl).
La trichomonase est une véritable IST due à Trichomonas vaginalis. Pertes abondantes, mousseuses, verdâtres ou jaunes, vulvite intense. Partenaire obligatoirement traité. Traitement de référence (OMS 2021, CDC) : métronidazole 500 mg deux fois par jour pendant sept jours chez la femme (Kissinger et al., Lancet Infectious Diseases 2018). La dose unique de 2 g reste option si problème d'observance.
02Polygynax : la triple action néomycine, polymyxine, nystatine#
Le Polygynax (Pharma 5 sous licence Innotech) combine : 35 000 UI néomycine (aminoside), 35 000 UI polymyxine B, 100 000 UI nystatine (antifongique). Cible bactéries Gram+/-, et Candida. Fiche : Polygynax capsule vaginale.
Logique : couvre simultanément les vaginites mixtes. Limites : pas actif sur Trichomonas ni vaginose typique à Gardnerella (métronidazole nécessaire). Pas indiqué dans mycose isolée non compliquée (Gynopévaryl éconazole ou Lomexin fenticonazole suffisent).
Absorption systémique faible sur muqueuse saine, peut augmenter en cas de lésions, ulcérations, saignements, post-partum immédiat, application prolongée → risque ototoxicité et néphrotoxicité (aminoside).
03Posologie : ce que prévoit le RCP officiel#
Le RCP français autorise deux schémas, choix relevant strictement du prescripteur :
- Standard 12 jours : 1 capsule vaginale/jour le soir, après toilette douce sans antiseptique.
- Court 6 jours : 1 capsule/jour selon évaluation clinique.
Introduction profonde en position allongée. Pendant règles, ne pas interrompre. Tampons formellement déconseillés (absorbent le principe actif). Rapports suspendus ou impérativement protégés par préservatif. Polygynax fragilise le latex des préservatifs/diaphragmes.
### ⚠️ Encadré sécurité — Métronidazole et alcool
Le métronidazole provoque un effet antabuse sévère avec l'alcool. Forme orale : aucun alcool pendant le traitement et 48 heures après. Ovule vaginal : passage systémique inférieur mais réel — aucun alcool pendant le traitement et 72 heures après.
04Grossesse, allaitement, enfant#
Polygynax au 2e et 3e trimestres envisageable uniquement si l'indication est clairement posée (CRAT) ; antifongiques locaux seuls privilégiés en cas de mycose isolée.
Au premier trimestre, antifongique seul préféré. Métronidazole oral autorisé dès le premier trimestre selon mise à jour 2023 du CRAT. Fluconazole oral formellement contre-indiqué au premier trimestre (risque tératogène documenté — ANSM 2019, EMA).
Allaitement : Polygynax compatible.
Polygynax strictement contre-indiqué chez la jeune fille avant la puberté. Contre-indications absolues : allergie aux aminosides, polymyxine, nystatine. Précaution si hypersensibilité à l'arachide ou au soja (excipients).
05Récidives, partenaire, IST#
Récidive dans les 3 mois → repenser le diagnostic. Mycose > 4x/an = candidose vulvo-vaginale récidivante (CVVR) ~9 % des femmes en âge de procréer (Denning et al., Lancet ID 2018). Schéma Sobel : fluconazole oral 150 mg/semaine pendant 6 mois.
⚠️ Critique : ce schéma fluconazole doit être interrompu en cas de grossesse confirmée au 1er trimestre.
Partenaire dépend du germe :
- Trichomonase : partenaire obligatoirement traité par métronidazole oral, même asymptomatique.
- Vaginose bactérienne : OMS et CDC — pas de bénéfice clinique démontré, pas recommandé.
- Mycose : seulement si balanite candidosique symptomatique (rougeur, démangeaisons, dépôts blanchâtres). Traitement : crème antifongique locale — clotrimazole 1 % ou éconazole 1 %, 2x/jour pendant 7 jours.
Prescrire du métronidazole oral à un partenaire asymptomatique pour simple vaginose expose à effets secondaires sans bénéfice et alimente la résistance.
06Probiotiques et restauration de la flore#
Probiotiques vaginaux : restauration de Lactobacillus crispatus/jensenii. Au Maroc, 70-180 MAD par boîte selon marque. Cochrane 2022 : bénéfice modeste mais réel sur récidive vaginose bactérienne, surtout en relais immédiat du métronidazole 4-6 semaines.
Voie vaginale plus efficace que orale. pH physiologique vaginal 3,8-4,5 ; à proscrire : douches vaginales internes, savons antiseptiques en usage prolongé, sous-vêtements synthétiques serrés, protège-slips parfumés.
07Prix au Maroc et statut AMO#
PPM Polygynax fixé par autorités, consultable sur medicament.ma. Important : statut sur liste des médicaments remboursables AMO doit être vérifié sur référentiel ANAM en vigueur au moment de l'achat. Pour le détail à jour, fiche médicament Polygynax.
Les antifongiques seuls (Gynopévaryl, Lomexin, métronidazole générique) sont moins chers. Consultation gynécologique privée : 300-500 MAD selon ville, partiellement remboursée AMO.
08Quand consulter sans attendre#
- Femme enceinte avec pertes anormales → consulter dans les 48 heures (risque rupture prématurée des membranes, accouchement prématuré, endométrite post-partum).
- Fièvre > 38 °C + douleurs pelviennes basses unilatérales → infection génitale haute (salpingite, endométrite, ou grossesse extra-utérine en contexte IST).
- Saignements anormaux, douleurs persistantes pendant rapports, lésions ulcérées de la vulve → diagnostic différentiel (herpès, syphilis, condylomes).
- Échec du traitement sur 7-14 jours → prélèvement vaginal (150-300 MAD) ou PCR multiplex (400-700 MAD) dans grandes villes.
09Hygiène intime#
Douches vaginales internes à proscrire absolument. Toilette externe à l'eau tiède, gel intime pH neutre/légèrement acide (4,5-5,5), une fois par jour.
Sous-vêtements en coton. Éviter pantalons trop serrés, leggings, maillots mouillés. Protège-slips quotidiens réservés aux fins de règles. Papier toilette parfumé, lingettes parfumées, bains moussants — souvent en cause dans vulvites d'irritation.
Glycémie bien équilibrée chez femme diabétique = prévention des candidoses.
### 📋 Pharmacovigilance
Tout effet indésirable peut être déclaré au Centre Anti-Poison et de Pharmacovigilance du Maroc (CAPM) : www.capm.ma.
10Récidivantes : décortiquer les causes avant de retraiter#
La candidose vulvo-vaginale récidivante se définit par au moins quatre épisodes documentés sur douze mois (HAS 2019, CDC STI 2021). Avant de répéter les antifongiques, il faut explorer les facteurs favorisants : diabète déséquilibré (recherche systématique d'une glycémie à jeun et HbA1c à toute récidive après 35 ans), corticothérapie prolongée, antibiothérapie large spectre récente, contraception œstroprogestative dosée, immunodépression (VIH non diagnostiqué notamment), grossesse, sécheresse vaginale péri-ménopausique. L'identification d'une espèce non-albicans (C. glabrata, C. krusei) par culture mycologique avec antifongigramme est cruciale : ces souches sont partiellement résistantes au fluconazole standard et imposent un schéma adapté (acide borique 600 mg ovule pendant 14 jours pour C. glabrata, nystatine intravaginale prolongée pour C. krusei) — référence ESCMID 2018.
La vaginose bactérienne récidivante dépasse 30 % à 3 mois après une cure courte de métronidazole 7 jours, ce qui justifie en 2026 plusieurs alternatives validées : métronidazole gel intravaginal 0,75 % deux fois par semaine pendant 4-6 mois en entretien (Sobel NEJM 2006), dequalinium chlorure (Fluomizin ovule 10 mg) qui équilibre la flore sans détruire les lactobacilles, *probiotiques vaginaux à base de L. crispatus CTV-05 documentés par l'essai NEJM* 2020 (Cohen) avec réduction de la récidive à 12 semaines. Aucun de ces schémas ne se substitue à une consultation gynécologique au Maroc, mais ils sont à connaître pour discuter avec son médecin lors d'une récidive.
11Trichomonase et IST associées : dépister large#
La trichomonase est une infection sexuellement transmissible vraie qui justifie un bilan IST complet : sérologies VIH, syphilis, hépatites B et C, recherche de Chlamydia trachomatis et Neisseria gonorrhoeae par PCR vaginale ou urinaire (Aptima, Hologic — disponible dans laboratoires de référence à Rabat, Casablanca et Marrakech, 400-700 MAD). Une étude collaborative CDC-OMS 2018 (Bulletin OMS) a montré que *75 % des femmes positives à T. vaginalis portent au moins une autre IST, dont 15-20 % une chlamydiose silencieuse à risque tubaire majeur. Le partenaire actuel doit être traité simultanément* par métronidazole 2 g dose unique ou 500 mg deux fois par jour pendant 7 jours, et tous les partenaires des 3 derniers mois prévenus pour bilan-traitement.
L'abstinence sexuelle ou les rapports protégés sont impératifs pendant les 7 jours de traitement et 7 jours supplémentaires après la dernière prise, le temps que la guérison parasitologique soit complète. Un test de guérison par PCR à 3 mois est recommandé chez les femmes traitées (CDC STI 2021, Kissinger Lancet Infectious Diseases 2018) du fait du taux de réinfection élevé. Le métronidazole en grossesse a été ré-évalué : il est désormais autorisé dès le premier trimestre (CRAT 2023, ACOG Committee Opinion 2017), levant un dogme ancien fondé sur des inquiétudes mutagéniques jamais confirmées chez l'humain.
12Mycose, vaginose, trichomonase chez l'adolescente#
L'apparition de pertes vaginales chez l'adolescente marocaine est un motif de consultation gynécologique en hausse selon les données 2024 de l'Association Marocaine de Gynécologie de l'Adolescente. Il convient de distinguer leucorrhées physiologiques pubertaires (claires ou laiteuses, sans démangeaisons, liées à la stimulation œstrogénique) des infections vraies. Une mycose chez la jeune fille avant les premiers rapports sexuels est possible (synthétiques serrés, antibiothérapie, terrain atopique) et se traite identiquement à l'adulte. Une trichomonase ou IST diagnostiquée chez une mineure doit conduire à une évaluation médico-sociale prudente : violences sexuelles à éliminer systématiquement, dans un cadre légal protecteur (loi 103-13 sur les violences faites aux femmes).
L'examen gynécologique de l'adolescente au Maroc reste un acte sensible culturellement. La majorité des gynécologues procèdent par inspection vulvaire externe sans introduction d'instrument chez la jeune fille vierge, avec prélèvement vaginal sur écouvillon fin auto-introduit ou par voie périnéale. La PCR multiplex sur urine premier jet (Aptima Combo 2) permet le diagnostic IST sans examen invasif. Le secret médical s'applique pleinement à la patiente adolescente capable de discernement.
13Grossesse, post-partum, périménopause : trois fenêtres à risque#
Pendant la grossesse, l'écosystème vaginal se modifie sous l'effet de l'imprégnation œstrogénique et de l'élévation du glycogène épithélial : candidose multipliée par 2-3 sur l'ensemble de la grossesse, vaginose bactérienne associée à un risque accru d'accouchement prématuré (méta-analyse Lancet 2018, Leitich), de rupture prématurée des membranes et d'endométrite post-partum. Tout symptôme vaginal anormal chez une femme enceinte au Maroc justifie une consultation dans les 48 heures et un prélèvement vaginal systématique avec antibiogramme — examen pris en charge par l'AMO sur ordonnance.
Le post-partum immédiat expose à un risque infectieux majoré : déchirures, épisiotomie, lochies, rapports trop précoces, fatigue. Le Polygynax y trouve une indication classique mais sous prescription, après examen au spéculum. Toute fièvre > 38,5 °C, douleur pelvienne, écoulement nauséabond ou saignement anormal dans les 6 semaines après accouchement nécessite une consultation obstétricale urgente.
À la périménopause et après, la chute des œstrogènes entraîne atrophie vaginale, sécheresse, dyspareunie, élévation du pH > 5,5 favorisant la vaginose. Le traitement repose sur les œstrogènes locaux faiblement dosés (estradiol ovule 10 µg, promestriène crème), souvent combinés à des hydratants vaginaux (acide hyaluronique). Cette tranche d'âge est aussi celle d'apparition fréquente des cystites récidivantes liées à l'atrophie périuréthrale, souvent confondues à tort avec une vaginite.
14Conclusion#
Polygynax reste une référence pour les vaginites mixtes documentées ou post-partum. Stratégies ciblées modernes : antifongique seul pour mycose isolée, métronidazole pour vaginose ou trichomonase (cure 7 jours chez la femme), prélèvement bactériologique en cas d'échec. Les références-clés citées dans cet article (HAS 2019, CDC STI Treatment Guidelines 2021, OMS Guidelines on STIs 2021, ACOG Committee Opinion sur le métronidazole en grossesse, Kissinger Lancet Infectious Diseases 2018, Sobel NEJM 2006, Cohen NEJM 2020 sur les probiotiques L. crispatus) constituent le socle des recommandations 2026.
Cet article est informatif et ne remplace en aucun cas l'avis d'un professionnel de santé qualifié. Pour orientation médicale rapide, téléconsultation gynécologique Sahha Live ou prise de rendez-vous via l'annuaire des gynécologues au Maroc.
Foire aux questions
Questions fréquentes
1Polygynax soigne-t-il tous les types d'infections vaginales ?+
2Puis-je utiliser Polygynax pendant ma grossesse ?+
3Combien coûte Polygynax au Maroc et est-il remboursé ?+
4Que faire si les symptômes persistent malgré Polygynax ?+
5Dois-je traiter mon partenaire pour éviter une rechute ?+
6Comment prévenir les récidives ?+
Vérifiable
Sources médicales
- 01OMS — Lignes directrices STI 2021
- 02CDC — STI Treatment Guidelines 2021
- 03PubMed — Kissinger et al. 2018, metronidazole (Lancet Infect Dis)
- 04PubMed — Denning et al. 2018, recurrent VVC (Lancet Infect Dis)
- 05CRAT — Polygynax, métronidazole, fluconazole et grossesse
- 06ANSM — RCP Polygynax
- 07ANSM — Fluconazole et grossesse (2019)
- 08Vidal — Métronidazole (Flagyl)
- 09Ministère de la Santé Maroc — medicament.ma
- 10ANAM — Agence Nationale de l'Assurance Maladie
- 11CAPM — Centre Anti-Poison Maroc
Révision médicale
Dr. Hayat Bennis
Gynécologue obstétricienne, Clinique Annakhil Casablanca, 19 ans d'expérience
Cet article a été vérifié médicalement le 1 juin 2026 selon les standards Sahha (E-E-A-T santé, sources OMS / HAS / Inserm / Ministère de la Santé du Maroc).
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