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Douleurs

Reflux gastro-œsophagien (RGO) : symptômes, traitement et IPP

20 % des adultes marocains concernés (Société Marocaine de Gastroentérologie). Brûlures, régurgitations, endoscopie, traitement par IPP (oméprazole), et complications à connaître.

Lecture

8 min

Mots

2 414

Publié

24 avril 2026

FAQ

6 Q/R

DO

Révision médicale

Dr. Omar Chaabi

Gastro-entérologue, CHU Ibn Sina Rabat, 16 ans d'expérience

Vérifié
Reflux gastro-œsophagien (RGO) : symptômes, traitement et IPPUnsplash · Unsplash
Article révisé le 24 avril 2026
Sommaire (7)+
  1. 01Qu'est-ce que le RGO
  2. 02Symptômes
  3. 03Quand faire une endoscopie
  4. 04Traitement IPP
  5. 05Complications
  6. 06Mesures hygiéno-diététiques
  7. 07FAQ

01Qu'est-ce que le reflux gastro-œsophagien#

Le reflux gastro-œsophagien (RGO) désigne la remontée anormale du contenu acide de l'estomac vers l'œsophage. Pour bien comprendre le mécanisme, il faut savoir que dans des conditions normales, une zone de haute pression à la jonction entre l'œsophage et l'estomac — appelée sphincter œsophagien inférieur (SOI) — agit comme une valve qui empêche le contenu gastrique de remonter. Quand ce sphincter présente des relâchements transitoires inappropriés ou une hypotonie chronique, le suc gastrique acide irrite la muqueuse œsophagienne, beaucoup moins résistante que la muqueuse gastrique elle-même protégée par un mucus alcalin. Cette agression répétée déclenche les symptômes du RGO et, à long terme, peut provoquer des lésions inflammatoires, des sténoses, voire dans de rares cas des transformations précancéreuses.

Le RGO est extrêmement fréquent. Selon la Société Marocaine de Gastroentérologie (SMG), dans son étude épidémiologique de 2020, environ 20 % des adultes marocains présentent des symptômes de reflux au moins une fois par semaine, et 7 à 10 % en souffrent quotidiennement. Cette prévalence a augmenté d'environ 15 % au cours de la dernière décennie, parallèlement à la progression de l'obésité, à la modification des habitudes alimentaires (alimentation plus grasse, repas plus tardifs, augmentation du grignotage) et à un mode de vie plus sédentaire. Les pays méditerranéens, longtemps considérés comme protégés grâce au régime traditionnel, voient désormais leur prévalence converger vers celle des pays anglo-saxons.

Il faut distinguer le RGO physiologique du RGO pathologique. Tout adulte présente quotidiennement quelques épisodes de reflux, généralement asymptomatiques et sans conséquence : c'est le RGO physiologique. Le RGO devient pathologique lorsqu'il devient fréquent (au moins deux épisodes par semaine pendant plusieurs semaines) ou qu'il provoque des symptômes invalidants ou des complications organiques. La distinction est importante car elle conditionne la prise en charge — un RGO occasionnel ne nécessite que des mesures hygiéno-diététiques, tandis qu'un RGO pathologique justifie un traitement médicamenteux et parfois des explorations.

02Les symptômes typiques et atypiques#

Les symptômes du RGO sont classiquement répartis en deux catégories : les symptômes typiques, présents chez environ 80 % des patients et hautement évocateurs du diagnostic, et les symptômes atypiques, plus trompeurs, qui peuvent égarer le diagnostic vers d'autres pathologies.

Le symptôme typique principal est le pyrosis, une sensation de brûlure rétrosternale remontante que le patient décrit le plus souvent comme "un feu qui monte" derrière le sternum, parfois jusqu'à la gorge. Le pyrosis a la caractéristique d'être déclenché par la position couchée (décubitus dorsal après le coucher), par la position penchée en avant (en lacant ses chaussures, en ramassant un objet), et après les repas, particulièrement copieux ou riches en graisses. Il est typiquement soulagé transitoirement par la prise d'antiacides ou par la simple ingestion d'eau. Le second symptôme typique est constitué par les régurgitations acides : remontée passive et indolore de liquide acide ou amer dans la bouche, sans effort de vomissement, particulièrement la nuit où elles peuvent provoquer des micro-fausses routes responsables de toux et d'enrouement matinal.

Les symptômes atypiques sont nombreux et peuvent constituer le seul tableau clinique chez 20 % des patients, retardant souvent le diagnostic de plusieurs années. La toux chronique nocturne, sèche, ne s'accompagnant d'aucune cause pulmonaire ou ORL identifiable, doit faire systématiquement évoquer un RGO — particulièrement si elle s'aggrave en position couchée. Les manifestations ORL sont fréquentes : laryngite chronique, enrouement matinal, voix éraillée, sensation de boule dans la gorge (globus pharyngeus), pharyngite récidivante. L'asthme apparu à l'âge adulte sans terrain allergique doit également faire rechercher un RGO, qui peut soit causer soit aggraver l'asthme par micro-aspirations bronchiques répétées. Les douleurs thoraciques pseudo-coronariennes — c'est-à-dire ressemblant à un angor — sont une autre présentation atypique préoccupante, qui justifie d'éliminer en priorité une pathologie cardiaque par ECG et bilan adapté avant de retenir le RGO. Plus rarement, des érosions dentaires par contact répété de l'acide gastrique avec l'émail, des otites récidivantes ou un enrouement chronique peuvent être les manifestations dominantes.

03Les facteurs favorisants à connaître#

Plusieurs facteurs anatomiques, comportementaux et médicamenteux favorisent l'apparition ou l'aggravation d'un RGO. Identifier ces facteurs permet souvent d'agir efficacement sans recourir d'emblée à un traitement médicamenteux au long cours.

La hernie hiatale est la cause anatomique la plus fréquente : elle correspond au passage d'une partie de l'estomac à travers le diaphragme dans le thorax, ce qui désorganise le mécanisme antireflux normal. La hernie hiatale est elle-même favorisée par l'obésité, la grossesse, les efforts de poussée chroniques (constipation, port de charges), et un certain degré de prédisposition individuelle. L'obésité multiplie par environ 2 le risque de RGO et augmente proportionnellement la sévérité des symptômes : la graisse abdominale augmente la pression intra-abdominale, qui s'exerce mécaniquement sur l'estomac. La grossesse est une cause classique de RGO transitoire, présente chez 60 à 80 % des femmes enceintes au troisième trimestre, par effet conjoint des changements hormonaux (progestérone qui relâche le sphincter) et de la compression mécanique par l'utérus gravide.

Sur le plan comportemental, le tabagisme est un facteur aggravant majeur, à la fois par effet direct sur le tonus du sphincter et par modification de la salive. L'alcool, particulièrement les vins blancs et les apéritifs, relâche également le sphincter œsophagien. La consommation excessive de café et de thé (au-delà de 4-5 tasses par jour) peut aggraver les symptômes. Les repas trop volumineux, particulièrement le soir, et les repas riches en graisses ralentissent la vidange gastrique et augmentent le reflux. Plusieurs aliments sont des déclencheurs classiques chez les patients sensibles : chocolat, menthe, agrumes, tomates et sauces tomate, oignon, ail, épices fortes, plats frits.

Plusieurs médicaments peuvent induire ou aggraver un RGO : les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) comme l'ibuprofène ou le diclofénac, particulièrement dangereux en cas d'œsophagite préexistante ; les inhibiteurs calciques (amlodipine, vérapamil) utilisés dans l'hypertension ; les dérivés nitrés ; certains antidépresseurs ; les bisphosphonates (médicaments contre l'ostéoporose) qui doivent être pris avec précautions strictes. Si vous suivez un traitement chronique et développez un RGO, signalez-le à votre médecin pour discuter d'éventuelles alternatives.

04Quand faut-il faire une endoscopie#

L'endoscopie œsogastroduodénale (EOGD) — communément appelée "fibroscopie" — n'est pas systématique dans le diagnostic d'un RGO. Pour un patient jeune (moins de 50 ans) présentant des symptômes typiques sans signe d'alarme, le diagnostic est clinique et le traitement peut être instauré sans exploration. Cette stratégie pragmatique évite des examens coûteux et invasifs sans bénéfice diagnostique.

L'endoscopie devient en revanche indiquée formellement dans plusieurs situations bien définies par les recommandations de la HAS et de la Société Française d'Endoscopie Digestive (SFED), reprises au Maroc par la SMG. La présence de signes d'alarme est l'indication la plus impérative : dysphagie (difficulté à avaler), anémie inexpliquée, amaigrissement involontaire, vomissements répétés, hémorragie digestive (vomissements de sang, selles noires comme du goudron). Ces signes peuvent traduire une œsophagite sévère, une sténose, ou plus rarement un cancer œsophagien — d'où l'urgence diagnostique.

Une première poussée de RGO chez un patient de plus de 50 ans justifie également une endoscopie, en raison du risque accru de pathologie organique sous-jacente à cet âge. Un RGO chronique évoluant depuis plus de 5 ans chez un patient à risque (homme, surpoids, fumeur) justifie une endoscopie de dépistage de l'œsophage de Barrett, lésion précancéreuse qui peut compliquer un reflux ancien. Enfin, l'échec d'un traitement par IPP correctement conduit à dose adéquate pendant 8 semaines doit conduire à une endoscopie pour vérifier le diagnostic et rechercher une cause organique.

Au Maroc, l'endoscopie œsogastroduodénale est largement disponible, réalisée par les gastro-entérologues en cabinet ou dans les hôpitaux. Le coût varie de 900 à 2 500 MAD selon les structures, avec ou sans sédation légère, et est remboursé à 80 % par la CNOPS, 70 % par la CNSS et 100 % en cas d'ALD ou d'AMO Tadamon. L'examen dure 5 à 10 minutes, est généralement bien toléré, et peut s'accompagner de biopsies si une zone suspecte est repérée.

05Le traitement par IPP en première ligne#

Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) constituent le traitement de référence du RGO, avec une efficacité largement supérieure aux autres classes. Ils agissent en bloquant la dernière étape de la sécrétion d'acide chlorhydrique par les cellules gastriques, réduisant drastiquement l'acidité du contenu refluant et permettant la cicatrisation des lésions œsophagiennes.

Plusieurs molécules sont disponibles au Maroc avec des efficacités globalement comparables. L'oméprazole (Mopral, Losec) à 20 mg est la molécule historique, désormais essentiellement utilisée en générique très bon marché. L'ésoméprazole (Inexium) à 20 ou 40 mg est l'isomère lévogyre de l'oméprazole, légèrement plus puissant pour les œsophagites sévères. Le pantoprazole (Pantoloc, Eupantol) à 40 mg présente moins d'interactions médicamenteuses que les autres IPP, ce qui le fait préférer chez les patients polymédiqués. Le lansoprazole (Lanzor, Ogast) à 30 mg est une autre alternative.

La posologie standard pour une cure initiale est d'un comprimé par jour, à prendre 30 minutes avant le petit-déjeuner, pendant 4 à 8 semaines selon la sévérité. Cette prise à jeun est essentielle : les IPP doivent agir au moment où les pompes à protons sont activées par l'arrivée des aliments. Pour les œsophagites sévères (grade C ou D), la dose est doublée et fractionnée matin et soir. À l'issue de la cure initiale, plusieurs stratégies sont possibles selon le profil du patient : arrêt total chez les bons répondeurs sans facteur de risque, traitement d'entretien à demi-dose chez les patients récidivants, traitement "à la demande" (prise lors des crises) chez les RGO modérés, ou poursuite à pleine dose en cas d'œsophagite récidivante ou de Barrett.

Le coût est très variable. Les IPP génériques (oméprazole notamment) sont largement disponibles au Maroc à 40-80 MAD par mois, ce qui en fait un traitement très accessible. Les princeps ou les molécules plus récentes (ésoméprazole) coûtent 150 à 300 MAD par mois. Le remboursement par l'AMO est de 70-80 % sur les IPP inscrits sur la liste, soit la majorité.

D'autres traitements existent en complément ou en alternative. Les antiacides (Maalox, Phosphalugel, Gaviscon) neutralisent l'acidité gastrique de manière transitoire (moins de 2 heures) et soulagent rapidement les pyrosis épisodiques, sans agir sur le mécanisme de fond. Les alginates (Gaviscon notamment) forment un gel qui flotte à la surface du contenu gastrique et empêche mécaniquement le reflux ; ils sont particulièrement utiles pendant la grossesse où ils constituent le traitement de première ligne car totalement inoffensifs pour le fœtus. Les anti-H2 (famotidine, ranitidine — cette dernière retirée du marché pour soupçon de contamination) sont moins efficaces que les IPP mais peuvent rendre service en complément ou en cas de RGO nocturne réfractaire. La chirurgie antireflux (fundoplicature de Nissen) est rarement indiquée, réservée aux échecs documentés des IPP à doses adéquates ou aux complications graves, et réalisée dans quelques centres spécialisés au Maroc (CHU Ibn Sina à Rabat, CHU Ibn Rochd à Casablanca, certaines cliniques privées).

06Les complications à surveiller#

Un RGO chronique non traité ou mal traité peut évoluer vers plusieurs complications dont la sévérité augmente progressivement. L'œsophagite peptique est la complication la plus fréquente, présente chez environ 40 % des patients avec RGO chronique. Elle est classée selon la classification de Los Angeles en quatre grades : grade A (lésions érosives de moins de 5 mm), grade B (lésions de plus de 5 mm), grade C (lésions confluentes occupant moins de 75 % de la circonférence œsophagienne), et grade D (lésions occupant plus de 75 % de la circonférence). Les grades C et D sont considérés comme sévères et justifient un traitement plus agressif, avec contrôle endoscopique de la cicatrisation à 8-12 semaines.

La sténose peptique complique environ 5 % des œsophagites sévères. Elle se manifeste par une dysphagie progressive aux solides puis aux liquides, parfois associée à une régurgitation alimentaire. Le diagnostic est endoscopique et le traitement repose sur des dilatations endoscopiques répétées, parfois avec mise en place d'un stent dans les cas réfractaires.

L'œsophage de Barrett est probablement la complication la plus préoccupante. Il s'agit d'une transformation de la muqueuse œsophagienne distale, qui devient histologiquement comparable à une muqueuse intestinale (métaplasie intestinale), à la suite d'années d'agression acide. Le Barrett complique environ 10 % des RGO chroniques, et constitue une lésion précancéreuse : il multiplie par 30 à 100 le risque d'adénocarcinome de l'œsophage, cancer agressif au pronostic réservé. La présence d'un Barrett impose une surveillance endoscopique annuelle ou bisannuelle avec biopsies systématiques, à la recherche de dysplasie qui justifierait un traitement endoscopique préventif (résection muqueuse, radiofréquence). Le Barrett est plus fréquent chez les hommes blancs en surpoids fumeurs ayant un reflux ancien — un profil à dépister activement par endoscopie.

07Les mesures hygiéno-diététiques essentielles#

Les mesures hygiéno-diététiques bien conduites peuvent résoudre à elles seules 60 à 70 % des RGO légers à modérés, et restent indispensables en complément du traitement médicamenteux dans les RGO sévères. Les négliger reviendrait à essayer d'éteindre un feu sans en couper la source.

La perte de poids est probablement la mesure la plus efficace chez les patients en surpoids ou obèses : une perte de seulement 5 kilogrammes peut diminuer de 30 % les symptômes de RGO selon plusieurs études d'intervention. La surélévation de la tête du lit de 15 à 20 centimètres (en plaçant des cales sous les pieds du lit, pas en empilant des oreillers qui cassent l'œsophage) est très efficace pour le RGO nocturne, en utilisant la simple gravité contre le reflux. Les repas fractionnés (4 à 5 petits repas plutôt que 2 ou 3 repas copieux) limitent la distension gastrique. Ne pas dîner moins de 3 heures avant le coucher et éviter de s'allonger juste après les repas sont des mesures simples mais souvent négligées.

Sur le plan comportemental, l'arrêt du tabac et la modération de l'alcool apportent un bénéfice rapide. L'identification et l'éviction des aliments déclencheurs personnels (chacun a ses sensibilités) se fait progressivement par l'expérience. Le port de vêtements amples, sans ceintures serrées, limite l'augmentation de pression intra-abdominale. La gestion du stress par des techniques de relaxation peut aider, le stress étant un facteur aggravant fréquent. Enfin, la mastication d'un chewing-gum sans sucre 30 minutes après le repas stimule la salivation, qui neutralise l'acide remontant et accélère sa clairance — un truc simple mais validé scientifiquement.

Foire aux questions

Questions fréquentes

1Les IPP sont-ils dangereux quand on les prend à long terme ?
+
Les IPP sont parmi les médicaments les plus utilisés au monde et leur tolérance à court et moyen terme est globalement excellente. Cependant, plusieurs études ont mis en évidence quelques risques associés à une utilisation prolongée au-delà d'un an, qui justifient une réévaluation périodique et une stratégie de désescalade quand cela est possible. Les principaux effets observés sont une carence en vitamine B12 (l'acidité gastrique étant nécessaire à son absorption), une carence en magnésium et plus rarement en calcium, un risque accru d'infections digestives à Clostridium difficile, et une augmentation modeste du risque d'ostéoporose et de fractures chez les utilisateurs au long cours, particulièrement les femmes ménopausées. Plus rarement, des néphrites interstitielles et certaines pneumopathies ont été décrites. Ces risques restent modérés et doivent être mis en balance avec le bénéfice du traitement chez les patients qui en ont vraiment besoin (œsophagite sévère, Barrett, RGO sévère réfractaire). La règle d'or est de réévaluer tous les 6-12 mois la nécessité du traitement, de tenter une diminution progressive de dose (demi-dose, puis traitement à la demande), et de ne maintenir un IPP au long cours que sur indication validée.
2Peut-on arrêter brutalement un traitement par IPP ?
+
Non, l'arrêt brutal d'un IPP après plusieurs mois de prise est généralement déconseillé en raison du phénomène d'**effet rebond acide** : pour compenser le blocage prolongé de la sécrétion acide, l'estomac sur-régule la production de gastrine, ce qui se traduit après l'arrêt par une hypersécrétion acide transitoire pouvant durer 2 à 4 semaines, avec aggravation marquée des symptômes. Cet effet rebond peut faire croire à une récidive vraie de la maladie alors qu'il s'agit d'un phénomène pharmacologique transitoire, et conduire à reprendre le traitement par erreur. La bonne stratégie d'arrêt consiste en une **diminution progressive sur plusieurs semaines** : passage à demi-dose pendant 2-4 semaines, puis prise un jour sur deux pendant 2-4 semaines, puis arrêt complet en relayant si nécessaire par des antiacides ou des alginates lors des éventuels symptômes résiduels. Cette diminution progressive permet à l'estomac de reprendre une sécrétion normale sans rebond marqué.
3Le RGO peut-il être confondu avec un infarctus du myocarde ?
+
Oui, et c'est un piège diagnostique fréquent qui justifie une grande prudence, particulièrement chez les patients à risque. La douleur rétrosternale du RGO peut être très semblable à celle d'un angor ou d'un infarctus : douleur ou serrement derrière le sternum, parfois irradiant dans le bras gauche, l'épaule ou la mâchoire. Quelques différences cliniques aident à orienter : la douleur du RGO est plutôt une brûlure remontante, déclenchée par les repas ou la position couchée, soulagée par les antiacides ou par l'eau ; la douleur coronarienne est plutôt un poids ou un serrement, déclenchée par l'effort, soulagée par le repos et la trinitrine. Mais les présentations atypiques sont fréquentes des deux côtés. La règle absolue : devant toute douleur thoracique, particulièrement après 50 ans ou en présence de facteurs de risque cardiovasculaires (tabagisme, hypertension, diabète, hypercholestérolémie, antécédents familiaux), il faut appeler le 141 et faire pratiquer un ECG plus un dosage de troponine pour éliminer un syndrome coronarien aigu avant de retenir le diagnostic de RGO. Une fois la cause cardiaque écartée, le diagnostic de RGO peut être confirmé par un test thérapeutique aux IPP voire par une endoscopie.
4Quelle est la durée idéale d'une cure d'IPP ?
+
Une cure initiale standard dure de 4 à 8 semaines selon la sévérité des symptômes et l'existence ou non d'une œsophagite endoscopique. Pour un RGO sans œsophagite, 4 semaines de traitement bien conduit suffisent généralement. Pour une œsophagite documentée, la cure est de 8 semaines, avec contrôle endoscopique de cicatrisation pour les œsophagites sévères (grade C ou D Los Angeles). À l'issue de cette cure initiale, plusieurs scénarios sont possibles : si les symptômes sont totalement résolus et qu'il n'y a pas de complication, on tente l'arrêt progressif ; en cas de récidive, on instaure un traitement d'entretien à demi-dose ou à la demande. Pour les RGO sévères avec œsophagite récidivante ou Barrett, le traitement peut être nécessaire au long cours, avec une réévaluation au moins annuelle. Si vous prenez un IPP de manière continue depuis plus de 6 mois sans avis médical récent, prenez rendez-vous chez un gastro-entérologue pour réévaluer l'indication et discuter d'une éventuelle endoscopie.
5La grossesse aggrave-t-elle le RGO ? Quels traitements prendre ?
+
Le RGO est extrêmement fréquent pendant la grossesse, touchant 60 à 80 % des femmes enceintes principalement au deuxième et troisième trimestres. L'aggravation s'explique par deux mécanismes simultanés : la progestérone, hormone clé de la grossesse, relâche le sphincter œsophagien inférieur ; et l'utérus en croissance comprime mécaniquement l'estomac. Les symptômes apparaissent typiquement vers la 20e-24e semaine et culminent au troisième trimestre. Heureusement, plusieurs traitements sont totalement compatibles avec la grossesse et l'allaitement. Les **alginates** (Gaviscon notamment) constituent le traitement de première ligne : ils forment une barrière physique sans absorption systémique, donc sans aucun passage placentaire. Les **antiacides à base de magnésium ou d'aluminium** (Maalox, Phosphalugel) sont également sûrs en évitant le bicarbonate de sodium qui peut causer une rétention hydrosodée. Si ces mesures sont insuffisantes, les **IPP** peuvent être utilisés sans risque démontré pour le fœtus, l'oméprazole étant celui qui dispose du plus large recul d'utilisation au cours de la grossesse. La résolution est rapide après l'accouchement, dans les jours suivant la naissance.
6Quelle est la différence entre RGO et hernie hiatale ?
+
Ce sont deux entités différentes mais étroitement liées qu'on confond souvent. La **hernie hiatale** est une anomalie anatomique : le passage d'une partie de l'estomac à travers l'orifice du diaphragme (le hiatus œsophagien) dans la cavité thoracique. Cette hernie est extrêmement fréquente, présente chez environ 30 % des adultes après 50 ans, et reste asymptomatique dans la majorité des cas. Le **RGO** est un syndrome clinique : la remontée pathologique du contenu gastrique dans l'œsophage avec ses conséquences symptomatiques et lésionnelles. La hernie hiatale est l'un des principaux facteurs favorisant le RGO, en désorganisant le mécanisme antireflux normal — mais on peut avoir un RGO sans hernie (par hypotonie isolée du sphincter œsophagien) et on peut avoir une hernie sans RGO (asymptomatique). Le diagnostic de hernie hiatale se fait par endoscopie ou par une exploration radiologique avec produit de contraste. Le traitement médical est identique à celui du RGO (IPP, mesures hygiéno-diététiques) ; la chirurgie antireflux peut associer une réfection du hiatus diaphragmatique dans les cas réfractaires.

Vérifiable

Sources médicales

  1. 01Société Marocaine Gastroentérologie
  2. 02HAS — RGO
  3. 03SNFGE
  4. 04OMS
  5. 05Inserm
DO

Révision médicale

Dr. Omar Chaabi

Gastro-entérologue, CHU Ibn Sina Rabat, 16 ans d'expérience

Cet article a été vérifié médicalement le 24 avril 2026 selon les standards Sahha (E-E-A-T santé, sources OMS / HAS / Inserm / Ministère de la Santé du Maroc).

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Sommaire

  1. 01Qu'est-ce que le RGO
  2. 02Symptômes
  3. 03Quand faire une endoscopie
  4. 04Traitement IPP
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