Sommaire (8)+
01Quand commencer la suppléance ?#
L'insuffisance rénale terminale (IRT) est définie par un DFG < 15 mL/min ou par l'apparition de complications majeures non contrôlables (œdème pulmonaire, hyperkaliémie réfractaire, péricardite urémique, encéphalopathie). C'est à ce stade qu'une suppléance rénale devient nécessaire.
La décision de mise en suppléance ne dépend pas seulement du DFG. Elle intègre les symptômes (fatigue invalidante, dyspnée, nausées, dénutrition), les complications biologiques (hyperkaliémie, acidose, anémie sévère malgré traitement, hyperphosphatémie majeure) et l'état général du patient.
Idéalement, le démarrage est planifié plusieurs mois à l'avance : information complète, choix de la modalité par le patient, préparation technique (création de la fistule artério-veineuse pour l'hémodialyse, pose du cathéter pour la dialyse péritonéale, bilan pré-greffe), démarches administratives (inscription en ALD, demande de transport).
Au Maroc, 30-50 % des patients démarrent en urgence, sans préparation, faute d'orientation précoce. C'est une situation à éviter : démarrage en urgence sur cathéter central (à risque infectieux), patient mal informé, choix limité, complications plus fréquentes. Tout patient IRC stade 4 (DFG < 30) doit être orienté vers le néphrologue pour planifier la suppléance.
Trois options principales : hémodialyse, dialyse péritonéale, transplantation rénale, souvent la greffe est généralement le meilleur traitement quand elle est possible, mais la pénurie de greffons impose la dialyse pour la majorité des patients en attente.
02Hémodialyse : déroulé concret#
L'hémodialyse est la modalité la plus fréquente au Maroc (90 %+ des patients dialysés). Le sang est extrait par une voie d'abord vasculaire, circule à travers une membrane artificielle (dialyseur) où se déroule l'épuration, puis retourne au patient.
Le 3 séances par semaine (lundi-mercredi-vendredi ou mardi-jeudi-samedi), durée de 4 heures par séance, parfois soit environ 12 heures de dialyse hebdomadaire, ainsi que chaque séance épure le sang des toxines accumulées depuis la précédente, souvent l'intervalle de 2 jours (week-end) est souvent le plus difficile.
La séance se déroule dans un autocenter (encadrement médical complet), unité d'autodialyse (autonomie partielle du patient formé), à domicile (rare au Maroc). Le patient est installé dans un fauteuil, branché à la machine via sa fistule ou son cathéter, surveillé par les infirmiers et le néphrologue.
Pendant la séance : prise de tension régulière (risque de chute tensionnelle), surveillance du débit, ajustement de l'ultrafiltration (retrait de l'eau accumulée entre deux séances) et le patient peut lire, regarder la télévision, dormir, discuter avec ses voisins ; beaucoup d'unités proposent des activités, des collations adaptées.
L'ultrafiltration retire l'eau accumulée entre deux séances. Le poids du patient avant et après la dialyse mesure cette ultrafiltration. La prise de poids interdialytique doit rester < 3-4 % du poids sec (souvent < 2-2,5 kg) pour éviter les complications. Cette contrainte impose une restriction hydrique stricte entre les séances.
Les complications fréquentes des séances : hypotension (chutes tensionnelles, vertiges, malaises), crampes musculaires (souvent en fin de séance), nausées, céphalées. Plus rarement : troubles du rythme cardiaque, syndrome de déséquilibre osmotique (en début de prise en charge).
Au Maroc, plus de 250 centres de dialyse répartis sur le territoire. Disparités d'accès importantes entre milieu urbain (offre suffisante) et rural (parfois plusieurs heures de route), parfois les patients doivent souvent déménager près d'un centre et coût pris en charge à 100 % par RAMED, AMO, CNSS, CNOPS pour les patients en ALD.
Une modalité alternative est l'hémodiafiltration en ligne (HDF), plus performante sur l'épuration des moyennes molécules, associée à de meilleurs résultats sur la mortalité. Disponible dans certains centres marocains équipés.
03Dialyse péritonéale à domicile#
La dialyse péritonéale (DP) utilise le péritoine (membrane tapissant la cavité abdominale) comme membrane de filtration naturelle. Un cathéter est posé chirurgicalement dans la cavité péritonéale, par lequel un liquide de dialyse est instillé, souvent les déchets passent du sang vers le liquide à travers le péritoine ; après quelques heures, le liquide est drainé et remplacé.
Deux modalités principales :
La dialyse péritonéale continue ambulatoire (DPCA, ou CAPD) : le patient effectue manuellement 3-5 échanges par jour (matin, midi, soir, parfois soir tardif), chacun durant 30 minutes (instillation, stase, drainage) — pas besoin de machine, souvent très portable.
La dialyse péritonéale automatisée (DPA, ou APD) : un cycleur réalise les échanges automatiquement la nuit pendant le sommeil (8-10 heures), parfois pas d'échanges en journée (ou un seul), ainsi que liberté maximale en journée.
Les Réalisée à domicile, autonomie majeure du patient ; pas de déplacement répété au centre, parfois meilleure préservation de la fonction rénale résiduelle, régime alimentaire moins strict (continuité de l'épuration). Possibilité de voyager (transport du matériel). Meilleure qualité de vie pour beaucoup de patients.
Les Nécessite une formation de 1-2 semaines au démarrage, discipline rigoureuse (asepsie pour éviter les péritonites, complication redoutée) ; présence du cathéter abdominal en permanence. Contre-indication relative en cas d'antécédents de chirurgie abdominale lourde, hernie, obésité majeure. Nécessite un espace de stockage à domicile pour les poches de dialyse (livraisons mensuelles).
Au Maroc, la DP est sous-utilisée (< 10 % des dialysés) pour des raisons multiples : moindre familiarité des néphrologues, contraintes logistiques de livraison à domicile, conditions d'habitat parfois difficiles, choix culturel des patients qui préfèrent l'encadrement médical du centre. Plusieurs centres en grandes villes proposent la DP avec succès.
Le coût est pris en charge selon les mêmes modalités que l'hémodialyse pour les patients en ALD.
04Greffe rénale : le traitement de référence#
La transplantation rénale est le meilleur traitement de l'IRT en termes de qualité de vie, de survie, et même de coût à long terme.
Le patient retrouve une pas de dialyse, alimentation peu restrictive, activité physique normale, vie professionnelle, voyage facilité. La survie des patients greffés est meilleure que celle des dialysés à âge équivalent.
Deux sources de greffons :
La greffe à partir d'un donneur vivant est privilégiée au Maroc. Donneur apparenté (parent, frère/sœur, conjoint, plus rarement non-apparenté avec autorisation administrative) ; bilan médical et psychologique du donneur très rigoureux, compatibilité du groupe sanguin et HLA évaluée. La greffe à partir d'un donneur vivant offre les meilleurs résultats (greffon de meilleure qualité, durée de fonction plus longue).
La greffe à partir d'un donneur cadavérique (donneur en mort encéphalique) est très limitée au Maroc. Cadre légal en cours d'évolution. Faible nombre de prélèvements pour des raisons culturelles, religieuses (perception variable selon les écoles), organisationnelles (réseau de coordination des prélèvements peu développé). Une réforme est en cours pour développer cette voie.
Le bilan pré-greffe est complet : compatibilité, état cardiovasculaire, dépistage infectieux (sérologies hépatites, VIH, CMV, EBV, tuberculose), dépistage des cancers, état dentaire, évaluation psychologique. Plusieurs mois sont nécessaires.
L'intervention dure 3-4 heures, sous anesthésie générale. Le greffon est placé en fosse iliaque (sans retirer les reins natifs sauf indications particulières), parfois hospitalisation 7-15 jours — reprise progressive de la fonction rénale en quelques jours à semaines.
Les traitements immunosuppresseurs sont pris à vie pour prévenir le rejet : combinaisons de tacrolimus, mycophénolate, prednisone, ou alternatives. Surveillance étroite des taux sanguins, des effets secondaires (infections, néphrotoxicité, diabète, HTA, cancers cutanés à long terme).
La survie du greffon : 90-95 % à 1 an, 70-80 % à 5 ans, 50-60 % à 10 ans avec un donneur vivant. Possibilité de retransplantation en cas de perte du greffon, retour en dialyse en attendant.
Au Maroc, plusieurs Rabat (CHU Ibn Sina), Casablanca (CHU Ibn Rochd, plusieurs cliniques privées), Marrakech (CHU Mohammed VI), Fès. Activité totale de quelques centaines de greffes par an, insuffisante par rapport aux besoins (milliers de patients en attente). Coût d'une greffe pris en charge à 100 % pour les patients en ALD.
05Fistule artério-veineuse et cathéter#
L'accès vasculaire est crucial pour l'hémodialyse. Trois options :
La fistule artério-veineuse (FAV) est l'accès idéal. Création chirurgicale d'une communication entre une artère et une veine, généralement au poignet (radio-céphalique) ou au pli du coude (huméro-céphalique). La veine s'épaissit progressivement et devient utilisable pour la dialyse au bout de 6 à 12 semaines (« maturation »).
Avantages de la FAV : longue durée de vie (plusieurs années à vie entière), faible risque infectieux, débit suffisant pour une dialyse efficace, qualité de vie préservée. C'est pourquoi sa création doit être planifiée précocement (stade 4 d'IRC, idéalement 6-12 mois avant le démarrage prévu de la dialyse).
Au Maroc, la FAV est créée par les chirurgiens vasculaires spécialisés. Délai variable selon les centres (parfois plusieurs mois d'attente), intervention sous anesthésie locale, bras dominant souvent préservé.
Le suivi de la FAV est essentiel : auscultation régulière (souffle audible), évaluation du débit, échographie Doppler annuelle. Risques : thrombose (peut nécessiter une thrombectomie), sténose, anévrisme, infection.
La prothèse vasculaire (greffe synthétique) est une alternative quand les veines sont insuffisantes. Plus à risque infectieux, durée de vie plus limitée.
Le cathéter de dialyse (cathéter veineux central tunnellisé) est utilisé en attendant la FAV ou en cas d'échec/d'impossibilité. Inséré dans une grosse veine (jugulaire interne le plus souvent). Permet une dialyse immédiate, mais expose à un risque infectieux majeur et à des complications (thrombose, sténose veineuse). Utilisation idéalement transitoire, parfois prolongée par nécessité.
06Vie quotidienne en dialyse#
La dialyse transforme profondément le quotidien, mais permet une vie active de qualité avec une bonne organisation.
Le temps consacré à la dialyse : pour l'hémodialyse 3 demi-journées par semaine au centre, soit l'équivalent d'un temps partiel chronique. Pour la DP : intégrée à la routine quotidienne, plus flexible.
L'activité professionnelle est possible et encouragée : reprise après la phase d'adaptation initiale (quelques semaines à mois), souvent à temps partiel ou en télétravail, avec aménagements. Beaucoup de dialysés conservent leur emploi, certains démarrent en dialyse sans interruption professionnelle. Au Maroc, la médecine du travail et les MDA peuvent intervenir.
L'activité physique est recommandée et bénéfique : marche, natation, vélo — adaptée à la condition, souvent réduit la fatigue paradoxalement, améliore le moral, l'appétit, le sommeil.
Les voyages sont possibles avec une préparation. Pour les hémodialysés : se faire dialyser dans un centre du lieu de séjour (la plupart des grandes villes du Maroc et à l'étranger acceptent les dialysés en transit), nécessite une coordination préalable ; pour la DP : transport du matériel, gestion des livraisons, parfois la pandémie a parfois compliqué ces démarches.
La poursuite normale, avec parfois des aménagements. Le soutien familial est crucial. Beaucoup de patients dialysés ont des enfants, voyagent, participent à des activités associatives.
La la dialyse ne contre-indique pas l'activité sexuelle. La fertilité est altérée mais des grossesses sont possibles (surveillance néphrologique étroite, dialyse intensifiée pendant la grossesse). Les troubles de l'érection sont fréquents (atteinte vasculaire et hormonale), traités efficacement par les inhibiteurs PDE5 (Viagra et autres).
La le risque de dépression est important, lié à la maladie chronique, aux contraintes, à l'image corporelle (cathéter, fistule, perte de poids), parfois soutien psychologique précieux — plusieurs centres marocains ont des psychologues intégrés à l'équipe.
Le lien social en centre est souvent fort : les patients se côtoient des années, créent des amitiés, soutien mutuel. Beaucoup témoignent de cette dimension humaine importante de la dialyse.
07Alimentation et restrictions#
L'alimentation du patient dialysé est plus complexe que celle du patient avec IRC pré-dialytique, mais aussi plus permissive sur certains aspects.
La restriction hydrique est cruciale entre les séances d'hémodialyse : objectif souvent < 1-1,5 L/jour, à adapter selon la diurèse résiduelle. Comptent : eau, soupes, boissons, fruits riches en eau. La prise de poids interdialytique doit rester modérée pour éviter œdèmes, HTA, surcharge cardiaque.
Le restriction stricte (< 5 g/jour, idéalement < 3 g) pour limiter la soif et la rétention. Bannir conserves, charcuteries, pain salé, fromages salés, plats préparés.
Le restriction marquée en cas d'hyperkaliémie. Limiter ou éviter bananes, oranges, kiwis, fruits secs, dattes, chocolat, certains légumes (pommes de terre — rincer à l'eau et trempage prolongé pour réduire la teneur, tomates, épinards). Au Maroc, attention aux dattes (très riches en potassium), aux fruits secs des plats traditionnels, au thé fort. Surveillance régulière de la kaliémie.
Le restriction pour limiter les complications osseuses et cardiovasculaires. Limiter produits laitiers excessifs, jaunes d'œufs, sodas type cola, viandes transformées. Souvent associé à des chélateurs du phosphore (carbonate de calcium, sevelamer, lanthane) pris aux repas.
Les contrairement à l'IRC pré-dialytique, les patients dialysés ont besoin plus de protéines (1,2-1,4 g/kg/jour) car la dialyse en élimine une partie, souvent sources : viandes, poissons, œufs, à intégrer aux repas, ainsi que risque de dénutrition fréquent.
Les maintien d'un apport suffisant (30-35 kcal/kg/jour) pour éviter la dénutrition. Beaucoup de patients dialysés perdent du poids et de la masse musculaire, problème majeur à surveiller. Le suivi par un diététicien spécialisé est précieux. Au Maroc, plusieurs centres en disposent.
08Démarches et prise en charge au Maroc#
L'inscription en ALD est systématique pour l'IRT, démarche auprès de la CNSS, CNOPS, RAMED ou de l'organisme assureur du patient et permet la prise en charge à 100 % :
Séances de dialyse ; consultations néphrologiques. Examens complémentaires. Médicaments (érythropoïétine, vitamine D active, chélateurs, immunosuppresseurs si greffe). Transports sanitaires (très importants pour le trajet entre domicile et centre 3 fois par semaine).
Les pris en charge pour les hémodialysés selon les modalités du régime, parfois VSL ou ambulance selon l'état du patient, souvent au Maroc, plusieurs sociétés de transport médical conventionnées. Le assistante sociale du centre de dialyse pour aide aux démarches, accès aux droits sociaux, MDA pour reconnaissance du handicap si applicable.
Le néphrologue référent : 1 fois par mois en moyenne, ainsi que à chaque séance — régulièrement, souvent selon besoin, selon besoin, annuel (le risque cardiovasculaire est majeur) ; annuel (foyer infectieux, pré-greffe), souvent surveillance fistule.
L'inscription sur liste de greffe débute pendant la dialyse pour ceux qui sont éligibles, souvent bilan complet, mise à jour annuelle et la recherche d'un donneur vivant familial est encouragée précocement.
Les l'Association Marocaine des Dialysés et Transplantés (AMDT) et d'autres apportent information, soutien, défense des droits. Engagement précieux.
Sahha.ma référence des néphrologues, chirurgiens vasculaires, diététiciens et autres spécialistes vérifiés dans toutes les grandes villes marocaines, avec téléconsultation possible — particulièrement utile pour le suivi régulier des patients dialysés stables, l'analyse des bilans, les conseils diététiques.
La suppléance rénale est une réalité quotidienne pour des dizaines de milliers de Marocains. Les progrès médicaux et organisationnels permettent aujourd'hui une qualité de vie acceptable et l'espoir d'une greffe pour beaucoup. Le développement de la dialyse péritonéale et de la transplantation cadavérique reste un enjeu majeur de santé publique au Maroc.
Foire aux questions
Questions fréquentes
1Peut-on travailler quand on est en dialyse ?+
2Une greffe rénale est-elle définitive ?+
3Faut-il vraiment renoncer à boire normalement en dialyse ?+
Vérifiable
Sources médicales
Révision médicale
Dr. Hassan Idrissi
Néphrologue
Cet article a été vérifié médicalement le 29 avril 2026 selon les standards Sahha (E-E-A-T santé, sources OMS / HAS / Inserm / Ministère de la Santé du Maroc).
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